‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 284 sur 387 · GRANDS COTES DE CETTE DOCTRINE · texte numérisé non relu

GRANDS COTES DE CETTE DOCTRINE

Nous avions mérité toutes les avanies, tous les opprobres et tous les mauvais traitements qu'il a endurés jjour nous. Il a vidé la coupe de notre condamnation. S'il ne l'avait bue, notre rançon n'eût pas été pajée et notre perdition eût été sans remède. Reconnaissons doue en lui le grand prêtre de la nouvelle alliance qui est mort pour nous et recevons dans son sang le rachat du monde '. La consommation de l'œuvre du salut a été l'effusion du Saint-Esprit sur tous les disciples du Christ^. Telle est dans son ensemble la doctrine de la rédemption d'Origène. Considérée attentivement, elle produit une tout autre impression qu'au premier aperçu. II n'est pas juste de la résumer dans cette singulière idée d'une fraude aux dépens du démon. Après tout, elle maintient le caractère objectif du sacrifice réparateur. Le péché a entraîné après lui notre sujétion au diable, celui-ci est comme la personnification de tout mal et de toute soufl'rance, puisque lui et ses anges sont préposés aux fléaux et aux maladies; la mort est son ministre. Il joue le rôle du Satan de Job, qui tout eu étant un esprit malfaisant ne prend pas moins place parmi les armées de l'Eternel comme son subordonné. Il représente le pouvoir de la perdition auquel nous nous sommes livrés par le péché. De la son droit sur nous; c'est le droit de la justice. Au fond, comme rien n'arrive sans la volonté de Dieu, il n'a ce droit que parce qu'il lui été concédé. C'est Dieu qui a voulu

dum qui erat in forma Dei, in forma servi esse dignatur, dum qui irnmortalis est moritur. » {In Levitic. Homil., III, 1, vol. II, 193.)

• In Levitic. Homil., XII, 1, vol. II, 249.

* De Princip., II, 7, 2.

SES DEFECTUOSITES. 377

(ju'uiie rançon lui fût payée; c'est lui qui a établi que le salut ne serait pas réalisé sans une grande et sainte immolation, victoire de l'amour crucifié sur le mal et la condamnation. Sans doute cette immolation pour Origène n'est pas une satisfaction de la colère de Dieu, puisque pour lui la justice est inséparable de l'amour. Il est aussi à mille lieues du système qui voit dans la souffrance infinie d'un Dieu le seul moyen d'établir la proportion entre la faute et le châtiment. Nous avons vu qu'il sépare absolument en Jésus le Verbe de l'âme humaine et que celle-ci subit seule la douleur et la mort. L'erreur chez lui est dans ce dualisme absolu, qui mutile la personne du Rédempteur; s'il eût admis pleinement que l'humanité est de race divine, il n'eût pas séparé en Jésus l'élément humain de l'élément divin; il eût reconnu la plénitude de l'humanité dans le Verbe incarné et crucifié. Cependant, une grande vérité se dégage de son système; pour lui, c'est bien un homme réel qui doit offrir le sacrifice réparateur. Le second Adam est seul capable de rétracter la révolte du premier et de renouer le lien brisé entre la terre et le ciel, et il ne saurait le faire qu'en se soumettant à toutes les conséquences de la chute, à la souffrance et a la mort. C'est la la rançon payée au diable. Celui ci n'est trompé que parce que la victime qui souffre et meurt à la croix, triomphe du péché dans cet excès de douleur et d'ignominie qui semblait devoir anéantir son œuvre; son apparente défaite est une victoire et sa croix un trône. Satan n'avait pas prévu que par cet anéantissement même, par ces pleurs et ce sang la sainteté éclaterait dans toute

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