DISTINCTION ENTRE L'ÉGLISE VISIBLE ET L'ÉGLISE INVIS
j?ravité exceptionnelle peut toujours en être relevé par Jésus Christ, bien qu'il ne puisse être réintégré qu'une seule fois dans l'Eglise*. Il s'ensuit qu'il existe, en dehors et au-dessus de l'Eglise terrestre, un ordre spirituel invisible qui ne saurait être absolument confondu avec celui qui apparaît à nos yeux. Les réintégrations ou les excommunications de l'Eglise visible ne portent que sur le domaine extérieur qui n'est jamais dépassé par le regard de l'homme, sans qu'on en puisse conclure nécessairement à une ratification de ses décisions parle chef souverain qui sonde les cœurs. L'âme chrétienne peut en appeler du jugement des hommes au tribunal de Christ. Donc le pouvoir ecclésiastique se limite à l'apparence terrestre et n'atteint pas le fond des choses. L'Eglise véritable va plus loin que l'Eglise extérieure et ne s'arrête pas à ses exclusions. Une large porte est ainsi ouverte à la liberté des âmes et l'idée théocratique est écartée dans ce qu'elle a de plus caractéristique.
C'est au nom des mêmes principes qu'Origène repousse toute restauration d'un sacerdoce exclusif. Il établit l'universelle prêtrise. « Les disciples du Christ, dit-il, sont ses vrais prêtres*. » Tout chrétien est un
1 « In gravioribus enim criminibus semel tantnm pœnitenticfi conceditur locus. » {[n Levif., XV, 2, vol. II, 262.) La preuve que Dieu pardonne ce que l'Eglise ne pardonne pas, c'est que l'adultère est rangé par Origène parmi les péchés dont la récidive entraine une exclusion définitive de l'Eglise [De Orafione, 28, vol. 1,256), tandis qu'il dit ailleurs que Jésus-Christ le remet comme les autres péchés. (In Exod., VIII, 5, vol. II, ICO.) Du reste, cette distinction ressort nécessairement de sa notion du relèvement final de toute créature morale.
* « Discipuli sui, veri sacerdotes. » (In Levii-, VII, 1, vol. II, 220.)