NOTION FLOTTANTE DE CANON
chez les méchants, tels que Balaam et Caïphe, une certaine connaissance de l'avenir qui provient d'une inspiration d'un ordre inférieur et parfois même diabolique. Origène fait ainsi une part à l'élément moral malgré la rigueur du système qui réclamerait la passivité complète \ Il établit des degrés dans l'inspiration , mettant les Evangiles au-dessus desEpîtres^. L'inspiration des apôtres se distingue de celle des chrétiens qui les ont suivis plutôt par le degré que par la nature ou le mode. « Nous n'avons pas, dit Origène, une aussi grande abondance du Saint-Esprit^. » Nous sommes donc en droit de conclure que si la formule d'Origène sur l'inspiration est étroite il l'élargit très-souvent, et qu'il ne nous en a donné qu'une idée flottante et indécise. Du reste, la théopneustie le gênait fort peu, grâce à sa théorie du triple sens qui lui permettait de voir dans l'Ecriture sainte à peu près ce qu'il voulait. 11 ne montre guère plus de rigueur dans sa conception du canon. D'une part il admet la participation de la science chrétienne à sa fixation. Les hommes doivent être de bons et loyaux changeurs de la monnaie divine ^, évitant avec soin les pièces fausses. D'une autre part, dans sa curieuse lettre à Jules Africain, sur le Livre apocryphe de Suzanne, il incline à l'idée d'un canon providentiel et indiscutable, sous prétexte qu'il ne faut pas appauvrir le trésor de l'Eglise ^
1 In Joann., 28, 13, vol. IV, 388.
* In Joann., \, 5, vol. IV, 4.
3 « Nobis non est tanta Spiritus abundantia. » [In Cantic. Proleg., III, 56.)
* A5y.'.!J.C'. -.zxr.iC'-T.. {In Luc. Homil., \, vol. 111,932.) ^ Epist. ad African., k, vol. I, 16.