L'HARMONIE RETABLIE DANS LE PLEROME
auquel appartient le misérable avorton qu'a enfanté la sagesse ; il est désigné sous le nom à'Achamot. Le Christ et l'Esprit-Saint lui donnent une forme et rerapôchent de se perdre dans une confusion indéfinie '. Puis ils remontent dans le Plérôme et enseignent aux Eons l'ordre éternel des choses, Ja grandeur de leur origine, car ils procèdent tous du même principe. Le Plérôme, guéri d'aspirations imprudentes, a retrouvé l'harmonie et célèbre le Père. Tous les Eons ensemble produisent comme gage de cette harmonie, et comme témoignage de leur reconnaissance un dernier Eon qui s'appelle Jésus ou le Sauveur et qui est le fruit du Plérôme ^. Ainsi s'achève la première partie de cette trilogie qui comprend trois mondes, comme le poëme du Dante, et qui ne fait que reproduire le même drame sous des formes différentes.
Essayons de traduire toute cette mythologie ontologique dans le style précis de la métaphysique, sans oublier que le gnosticisme n'a jamais séparé les idées de la forme légendaire qu'il leur donnait. L'absolu doit nécessairement sortir de son immobilité ; un principe caché fermente dans l'obscur abîme et en fait découler la vie universelle qui s'épanche par degrés successifs. Mais cette manifestation de l'absolu aboutit nécessairement à une vie imparfaite; de cette imperfection fatale résulte une aspiration douloureuse vers l'infini, et cette aspiration ne trouve son terme et son repos que par la connaissance de la relation éternelle et normale de tous les
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LES DOULEURS D'ACHAMOT. 43
êtres avec l'absolu comme en dérivant et en faisant encore partie. L'absolu s'est retrouvé en eux ou plutôt ils se sont retrouvés en lui ; il s'ensuit que l'existence finie et imparfaite apparaît dans le rayonnement du Plérôme « comme une petite tache sur une tunique. » Ainsi le salut dans ce domaine supérieur de la vie procède déjà de la gnose ou de la connaissance. Le Christ est la puissance de détermination, de formation, le révélateur par excellence.
Passons au second acte qui se joue dans les vagues régions qui avoisinent le Piérôme. C'est là que se manifeste le plus richement le génie poétique et métaphysique de Valentin. La création et la rédemption se confondent pour lui, car notre monde n'a été produit que pour la consolation et la restauration de ce fils gémissant de la Sagesse qui a été séparé de la région lumineuse, mais qui n'en saurait perdre le souvenir. Le Christ du Plérôme et le Saint-Esprit l'ont abandonné à lui-même, après lui avoir donné une forme distincte ; il ne se console pas d'avoir perdu cette vision radieuse, il a gardé le parfum de leur présence et il la redemande avec larmes.
La Sophia du Plérôme a communiqué tout le feu qui la dévorait à Achamot, ce produit informe de ses imprudentes aspirations; lui aussi, à son exemple, il s'élance vers l'infini, se heurtant avec douleur à l'infranchissable limite , appelant avec passion la lumière et la vie divine \ C'est le plus chétif des êtres avant
« 'EXuTTriôr, y.v. h) àr.opix èvéve-o. {Phii., Y\, 32.)