DENYS D'ALEXANDRIE
sein même de la Divinité*. Il est le flot qui jaillit de la source et le rayon qui émane du foyer lumineux. Sa divinité est dérivée, mais complète. Théognostus a un mot de génie qui dépassait de beaucoup sa propre école: « Le Père, dit-il, doit toujours avoir un Fils-. » C'était reconnaître que le Verbe est comme rachèvement de la Divinité au sens moral et que le Dieu qui est amour a dû avoir un objet éternel à aimer. D'un coup d'aile la pensée chrétienne était portée bien au-dessus de la notion abstraite de l'absolu, qui ne donne jamais une base solide à la divinité du Verbe. Ailleurs, Théognostus revenait aux errements de son école et ne considérait plus le Verbe qu'au point de vue de la création. « Quand Dieu a formé le dessein de construire l'univers, disait-il, il a voulu que son fils le précédât comme la règle ou la norme du monde ^. » Nous sommes ainsi ramenés à la théorie platonicienne de l'idéal.
§11. — Demjs d'Alexandrie.
Le plus illustre représentant de l'école d'Origène est Denys, le grand évêque d'Alexandrie '' (248). Esprit singulièrement large et libre, il a moins que personne
1 E/, -ï;; Tou 7:aTpbç 0'J7(a; è'ifj. (Athan., Ep. de Décret. Nicxn. Syn:,% 25; Routh, III, 41.
2 Aetv ç-r;ct TOV Tzaxépa sy^£iv uicv. {Phot. CocL, 106.)
3 OCov T'.va v.3.w6vsi. t^ç 5Y;[;.'.oupYtaç. (Grég.Nyssen., Contra Eunom., III, 132; Routh, IV, 412.)
* Les fragments des œuvres de Denys d'Alexandrie, épars dans les écrits d'Athanase et de Basile, ont été réunis dans la Bihliotheca Patrum de Galland (III, 495). Voir aussi Routh {Reliq., III, 220), et pour les lettres de Denys, le VII' livre de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe.
404 SON SUBORDINATIANISME OUTRÉ.
reculé devant les hardiesses du langage et de la pensée. Ce n'est pas qu'il se plût à heurter l'opinion, car jamais homme ne fut plus ennemi des vaines disputes, mais par une loyauté courageuse il cherchait à serrer l'idée au plus près par l'expression. Il ne reste malheureusement de ses vastes travaux exégétiques et dogmatiques que quelques lettres et quelques fragments. Le mot qui lui a été le plus reproché est emprunté à la lettre qu'il adressée à Ammon et à Euphranor : au fond c'est un mot de guerre lancé contre le sabellianisme. « Le Fils de Dieu, dit-il, est une créature née de Dieu ; il lui est semblable par sa nature, mais par son essence il dififère du Père. En effet le cultivateur ne se confond pas avec la vigne, ni le constructeur de bateaux avec sa barque. Le Fils, en tant que créature, n'était pas avant d'avoir été *.» Denys voulait marquer aussi nettement que possible la distinction des personnes divines en opposition à l'école qui ne faisait plus du Fils qu'une simple manifestation, un rayon de l'éternelle lumière. Mais il n'en portait pas moins une grave atteinte à la divinité du Verbe. Dans un autre passage du même écrit, il définissait la vie divine comme étant essentiellement la vie incréée : « Dieu est l'être qui n'a pas été produit; son essence est l'incréé, donc la nature a dû être créée'. » On a beau essayer d'atténuer cette déclaration ; elle
1 Iloirjixa y.al ^(evz-zb/ ehx'. xcv yicv -cou 6£ou, [j.YiT£ ck çuast iStov, àVAà ^évov y,aT' o'j^îav ihv. -ou zaTpb;, ôiszsp Ist'.v b -^tiiip^fc^ "zpoq rr,v àiA';:£Aov, -/.aïo va'JZY;vc;zpb: -h sy.iso;. Kal vàp toc r.oir,\i.a wv OÙy. ?(V zplv YÉvYjTai. (Athan., De SententiaDyonisii, c. 4.)
î 'AfévrjTÔv èîjT'.v o 6îbç y,a\ oW'.x à'JTOJ •?) d-^vrrq'zloL. (Eusèbe, Prxpar. evang., 1, 19.)