ÉTERNITÉ DU VERBE
Ainsi la sagesse et la parole sont éternelles comme lui, et font partie de son essence. IVous voilà bien loin de la théologie des premiers Pères grecs, qui n'admettaient la production extérieure et hypostatique du Yerbe qu'à la création. D'après Irénée, admettre que la parole suit la pensée, c'est tomber dans l'anthropomorphisme, c'est descendre de la région de l'éternel à celle de la succession temporaire. « Comme Dieu est tout esprit , tout raison, tout esprit opérant, tout lumière, toujours identique et égal à lui-même, il ne convient pas de supposer en lui des divisions quelconques. Le langage de l'homme, tenant de la chair, ne correspond pas à la rapidité de son intelligence, qui est spirituelle; aussi notre parole est-elle comme suffoquée au dedans de nous : elle ne se produit pas tout entière en une fois, pour correspondre à la pensée, mais seulement par parties, selon les possibilités de notre langage '. » Le Verbe divin est la révélation totale du Père; il est sa raison parlée, manifestée, sa raison éternelle. Le Verbe est inséparable des attributs dont les gnostiques avaient fait des Eons divins ; il est tout ensemble la vérité, la vie^ La distinction des personnes semble difficile à concilier avec cet effacement total de la subordination. Irénée était sur la pente du sabellianisme ; il ne s'y retient que par son ferme vouloir de ne pas s'écarter de la tradition, et d'éviter toute spéculation hasardeuse. 11 refuse de s'expliquer sur le mode de la génération du Fils; c'est là un problème transcendant qui est inabordable à no-
« Hivres., U, 47.