‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 329 sur 387 · LE RAPPORT DES DEUX TESTAMENTS BIEK COMPRIS · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DES DEUX TESTAMENTS BIEK COMPRIS

Irénée a été appelé à traiter avec de larges développements la question du rapport des deux Testaments, si constamment résolue par la gnose dans le sens d'une opposition radicale. L'évêque de Lyon y a porté une vive lumière. Il reconnaît tout ensemble l'unité et le développement des révélations divines. L'Ancien Testament se rattache au Nouveau comme la période de préparation à la période d'accomplissement. Irénée n'est pas tombé dans l'erreur de quelques-uns de ses devanciers qui identiliaient presque complètement les deux économies. Gomme la religion était avant tout pour eux une doctrine, un enseignement, ils voulaient la retrouver identique à elle-même sous les voiles du symbolisme juif comme dans l'exposition plus limpide de l'Evangile. 11 n'en est plus de même quand on insiste, comme l'évêque de Lyon, sur l'accomplissement d'une œuvre positive de rédemption. L'idée ou le symbole demeure toujours a une grande distance du fait; désormais, le christianisme conserve son caractère spécifique. Aussi Irénée, après avoir revendiqué une origine divine pour l'ancienne économie, et déclaré que le même père de famille a donné les deux Testaments, que la semence du Verbe se retrouve partout dans les saintes Ecritures, reconnaît-il hautement la supériorité de l'Evangile '. La révélation a des degrés nombreux qui s'échelonnent de la terre jusqu'au ciel pour conduire l'homme à Dieu -. La première alliance a eu pour destination de préparer

i Hseres., IV, 21.

^ « Non pauci gradus qui ducuiit huminein ad Deum. » (Hures., IV. 22).

L'ANCIEN TESTAMENT ABOLI ET AGCOxMPLl PAU L'ÉVANGILE. 43S

riiomrae, sous la verge du pédagogue, au régime de la liberté. Il a été dompté dans la Jérusalem terrestre, et par là même rendu capable de devenir libre * . On peut comparer les institutions mosaïques, dans ce qu'elles ont de spécial et de restrictif, à la paille qui enveloppe le grain encore délicat, jusqu'au jour où il se dépouille de son enveloppe-. Il n'était pas possible de déclarer plus explicitement F abrogation du judaïsme, tout en lui conservant son caractère de période transitoire et nécessaire. L'Evangile a aboli l'Ancien Testament en l'accomplissant, c'est à-dire en réalisant pleinement l'idée religieuse qui y était renfermée, mais plus ou moins captive ; il en fait disparaître tout ce qui la restreignait en la localisant, en quelque sorte.

Il ne s'agit pas seulement de cette tradition des anciens, flétrie par Jésus-Christ, et qui, comme un fade breuvage, affaiblissait le vin généreux de la loi divine^ ; cette loi même a été développée, élargie, spiritualisée par le maître. Elle n'a point été dissoute, abrogée, mais étendue. Le Seigneur n'a pas anéanti, mais accompli ce qui était fondamental dans la loi, et ce qu'lrénée appelle l'élément naturel de la loi, distinguant ainsi entre la partie morale et la partie cérémonielle''. Tout d'abord, Jésus-Christ a mis fin aux rares préceptes qui n'étaient, comme l'ordonnance du divorce, que des concessions faites à la dureté du cœur Juimain '\ Ensuite, il fait dis-

1 « Domitus habilis factus est ad libertatem. » {Hmres.y IV, 7.)

2 Id., IV, 7.

3 « Aquatam traditioneni. w [Id., IV, 23.)

4 Id., IV, 27.

« Id., IV, 29.

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