‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 330 sur 387 · LA LOI NOUVELLE EST UNE LOI DE LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LOI NOUVELLE EST UNE LOI DE LIBERTÉ

paraître les rites, tels que la circoncision, qui étaient de simples figures. Irénée n'hésite pas à ranger dans cette catégorie le sabbat. « Les sabbats, dit-il , enseignaient la consécration à Dieu de chacun de nos jours. Nous avons été estimés, dit Fapôtre Paul, tous les jours comme des brebis immolées, c'est-à-dire comme voués à l'autel, et nous sacrifiant durant tout le temps de notre vie sans nous relâcher jamais ^ » Le rite delà circoncision et le sabbat ont si peu une valeur religieuse absolue, que les patriarches ont été justifiés sans le connaître". Ainsi le Décaloguelui-même, qui renferme l'ordonnance du sabbat, aune portée cérémouielle et transitoire. Ce qui subsiste, c'est le fond moral, fondé sur la nature même de l'homme, l'élément universel de la loi, qui ne tient pas à une institution particulière. La loi nouvelle nous présente ce tond divin et éternel de la loi ancienne agrandi par Jésus-Christ''. C'est là le commandement ancien et nouveau qui se résume dans l'amour \ Jésus-Christ a surtout transformé le mobile de l'obéissance humaine; sous le mosaïsme, elle était stimulée par l'aiguillon de la crainte, et elle avait des terreurs d'esclave. L'Evangile nous donne la liberté d'un fils pardonné ^. L'amour de Dieu ne nous a-t-il pas rendu l'immortalité? Nous avons retrouvé uu libre accès auprès du Père, et comme une sainte hardiesse pour prendre part à l'héritage de ses

1 « Consecrati et ministrantes omni tempore. » {Hasres., IV, 30.)

2 Id.

3 « Oinrda haec nou dissolutionem pr<eteritoruni continent, sed plenitudinem et extensionetn. » ild., IV, 27.)

* Id., IV, 25.

s « Jésus Christus nobis in novitate restituit libertatem. » [Id., IV, 21 .)

L'ÉLÉMENT SACERDOTAL RÉTABLL 437

enfants. Jésus-Christ nous a vraiment faits ses affranchis. Irénée n'applique pas seulement ces grands principes à la loi, mais encore à la prophétie. Elle participe au caractère général du judaïsme : elle aussi préparait ce qui la dépassait. La prophétie spéciale était destinée à habituer l'homme à porter l'Esprit de Dieu'. Elle était introduite momentanément dans la vision de Dieu^ pour hâter le temps où tomberait pour tous le voile qui le dérobe aux yeux. Le disciple du Christ est élevé plus haut que le plus grand des prophètes, car il voit immédiatement Celui que les Elle et les Esaïe ne voyaient que de loin et médiatement^.

Il est étrange qu'après avoir marqué avec tant de fermeté la différence des deux Testaments dans l'esprit de saint Paul, Irénée ait ressuscité le sacerdoce judaïque dont l'élargissement devait être aussi évident, à son point de vue, que l'abrogation du sabbat, de la circoncision et duprophétisme. En effet, s'il était une institution qui fût incompatible avec la liberté chrétienne et la consécration totale de la vie à Dieu, c'était bien celle-là. Elle était intimement rattachée à l'économie de contrainte, d'autorité extérieure, de tutelle. Elle ne devait pas survivre à l'affranchissement des rachetés du Christ, si admirablement décrit par l'évoque de Lyon. Et cependant, nul plus que lui n'a contribué à la relever. On ne peut attribuer cette inconséquence qu'à l'effroi indigné que lui inspiraient le gnosticisnfle et les périls qu'il faisait

1 « Prophetas praestruebat in terra, assuescens liominem portare ejus Spiritum. » {Ha.res.,]Y,^8.)

2 /r/., IV, 37.

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