LA PRESCRIPTION OPPOSÉE A L HERESIE
n'est que le complément de la seconde. Le divin dans Tordre surnaturel n'est pas opposé au divin dans l'ordre naturel, — ou plutôt tout en revient à la vraie nature, soit que nous la retrouvions dans le monde et dans le cœur humain, soit qu'elle soit rétablie parla révélation. Tertullien veut toujours remonter au divin primitif, à la réalité non faussée. De là le rôle prépondérant qu'il accorde à l'antiquité comme critère de la vérité. Ses idées sur la canonicité ne sont pas plus précises que celles de ses contemporains; elles sont flottantes et indécises*. Sous l'empire des mêmes préoccupations il est conduit à formuler une doctrine de la tradition tellement étroite qu'elle a eu pour résultat, malgré ses protestations ultérieures, de préparer le triomphe de la hiérarchie. Son traité des prescriptions est le plus signalé service qui ait jamais été rendu au despotisme religieux. Le titre de cet écrit est emprunté à la langue du barreau; l'ancien avocat de Carthage veut appliquer au grand débat sur la religion le procédé commode qui coupe court aux affaires judiciaires, quand elles se prolongent au delà des bornes. Rien n'est plus légitime dans la sphère des intérêts inférieurs réglés par une justice toujours relative et bornée. 11 n'en est plus de même quand il sagit de la vérité éternelle; là nulle prescription n'est admissible, — nulle bouche ne doit être fermée, nul esprit arrêté dans sa recherche. Il ne
1 Tertullien cite comme inspirés le livre d'Hénoc (De idolat., 4; De cultu feinin., \, 3), les livres sybillins {Ad nation., \l, 42), le Paslor d'Hermas (Deorfl^,12.) Une cite ni l'épitrede Jacques, ni les lettres de Pierre, ni les petites épîtres de Jean.
LA PKESCRiPTION OPPOSEE A L'HÉRÉSIE. 473
faut pas reprocher à TertuUien d'être inconséquent avec lui-même, parce qu'après avoir reconnu plus qu'aucun autre docteur l'autorité de la conscience, il veut nous courber sous le joug de la tradition et nous interdire la recherche. Là encore il est fidèle à son principe sur la conformité de la vérité à la nature primitive des choses. Ce qui pour lui est primitif et naturel, c'est l'assentiment spontané de l'àme à la vérité évangélique consignée dans les lettres saintes. Tout ce qui dépasse cet assentiment, toute tentative de spéculation nous fait sortir de l'ordre vraiment naturel. Il redit avec le livre des Proverbes, mais dans un sens exclusif, que Dieu a fait l'homme droit et qu'il cherche beaucoup de discours. Le cœur droit, c'est la conscience naturellement chrétienne adorant le Dieu de la Bible. Les discours multiples, c'est le raisonnement, la philosophie s'appliquant aux divines réalités pour les dissoudre. Le traité des prescriptions se concilie donc très-bien avec son sublime traité sur le témoignage de l'âme. Ce que TertuUien veut interdire à tout prix, c'est l'examen approfondi de la vérité religieuse. — S'il nous est dit : Cherchez et vous trouverez, ce commandement ne s'applique qu'à la période qui précède la formation de la foi*. Jésus a prononcé cette parole au début de son ministère, avant qu'il eût établi victorieusement sa divinité. Le même précepte s'applique également aux païens qui, dans leur profonde ignorance, ne peuvent connaître le Christ de prime abord. Mais le maître n'a
1 De prœscript., 8.