THÉODICÉE DE TERTULLIEN. - UNITÉ ABSOLUE DE DIEU
rarchique, mais purement et simplement à son désir de conjurer les dangers de la spéculation, de tourner au plus court dans l'examen de la vérité. Voilà pourquoi il veut tout ramener à la question d'antiquité; elle se confond, pour lui, avec la vraie nature des choses que hous ne retrouvons qu'à l'origine des institutions. Tout en prévoyant les conséquences qui résulteront des principes qu'il a posés, ne les lui imputons pas directement, et constatons que, dans ce problème de l'autorité religieuse, il n'a pas cessé d'être fidèle à la tendance essentiellement réaliste de son système. La manière, à coup sûr individuelle et originale dont il va interpréter la règle de la croyance, montrera combien il est impossible de s'en tenir à l'acceptation en bloc d'une orthodoxie quelconque, car son fougueux défenseur n'a pu s'empêcher de la marquer de sa propre empreinte.
Abordons la théologie proprement dite de Tertullien. Nous n'insisterons que sur les points où s'accuse sa tendance particulière. « Le Dieu que nous adorons, ditil, est un ' . « Rien ne peut lui être égalé, sinon, il y aurait un autre absolu que lui, ce qui est contradictoire, car l'absolu est nécessairement unique. Si Dieu n'est pas un, il n'est pas. Supposer un second Dieu, c'est donc nier la Divinité ^ Il est invisible, incompréhensible, au-dessus de toute appréciation, à moins qu'il ne se révèle ^ Il est éternel, n'ayant ni commencement, ni fin; il est aussi tout-puissante II est souverainement
1 ApoL, 17.
2 « Duo suinma, quomodo consistent? » [Adv. Marc, l, 3.)
3 Apol.,n.
'* « In BBtevnitate constilutum, innatum. » [Adv. Marc, \, 3.)
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sage et souverainement libre ' . Craignant par-dessus tout de voir s'évaporer la substance divine dans l'idéalisme pur, il u'hésite pas à adm-ttre que le Dieu invisible et ineffable a un corps. L'esprit pur est pour lui le vide. Or, la substance divine est la réalité suprême. Doue Dieu, tout spirituel qu'il est, a un corps qui est comme la forme de son esprit; c'est pourquoi l'homme a pu être créé a son image ^ La bonté et la justice sont les grands attributs moraux de la Divinité, et c'est à tort qu'on les oppose comme une antithèse irréductible. Dieu est essentiellement amour ou bonté ; il manifeste en tout temps cette bonté, mais toujours conformément à la raison; la justice en est le fondement. » La bonté précède la justice; la première est la nature même de Dieu; la sévérité ne se manifeste qu'occasionnellement quand le mal se produit ^ » La bonté cesserait d'être bonté, si elle manquait à la justice. Ces deux grands attributs se sont manifestés dans la création, car si la bonté a produit le monde, c'est la justice qui y a établi la mesure et la règle \ Tertullien retrouve la justice dans les lois naturelles d'après lesquelles la lumière a été séparée des ténèbres, la terre du ciel, les eaux inférieures des eaux supérieures, etjusque dans la distinction des sexes. Elle a ainsi une première application dans le monde physique, avant de se réaliser dans l'ordre moral. Elle est de-
» Adv. Marc, III, 5. « Nulla vis aderit illi. » (Adv. Hennog., 17.) 2 « Quis enim iiegabit Deum corpus esse? » [Adv. Pruxeam, 7.) ^ « Priur bonitasDei secundum naturam, severitas posterior secuadum causam. » {Adv. Marc, II, 11 ; comp. Id., I, 23.) * « Omnia ut boaitas coacepit, ita justitia distinxit. » [Adv. Marc