L'AMOUR N'EST PAS OPPOSÉ A LA JUSTICE
venue courroux et châtiment en face du péché '. Cette pensée est très-grande; Dieu est amour, mais Faraour est saint et condamne son contraire. Il n'y a pas d'autre conciliation entre la justice et la bonté, car tant qu'on n'y voit que des attributs opposés, et qu'on en fait des espèces d'entités qui doivent traiter comme des puissances dont les intérêts diffèrent, on ne sort pas du dualisme. Les théologiens d'Alexandrie avaient bien affirmé l'unité foncière et essentielle des deux attributs, en disant que la bonté est sainte; mais ils n'avaient pas suffisamment sauvegardé le droit de Dieu. Tertullien a été plus précis sur ce point. Malheureusement, il a poussé beaucoup trop loin l'assimilation entre la justice de Dieu et la colère de l'homme, en se fondant sur l'analogie qui doit exister entre l'image et son prototype. Nous ne ressemblons pas seulement à Dieu dans la partie rationnelle de notre être, mais encore dans la partie affective et passionnée. Il est nécessaire que Dieu éprouve tous les sentiments qui peuvent être motivés par nos actes : la colère contre les scélérats, l'amertume contre les ingrats, l'envie contre les orgueilleux, en un mot tout ce que méritent les méchants, au même titre qu'il éprouvera la miséricorde pour les âmes égarées, et ressentira tout ce qui convient aux bons^. C'est toujours la même crainte de voir s'évaporer les sentiments comme les idées. Tertullien s'imagine que la justice et la sévérité de Dieu n'ont de réalité
1 De anima, 16; Ad. Marc, l. 26.
2 « Iram propter scele?tos et bilem propter ingrates et eemulationem propter superbos. » (Adv. Marc.,U, 16.)