LE VERBE N'EST PAS ÉTERNEL COMME PERSONNE
Grecs'. >> Pourtant, elle n'est pas personnelle, et elle se distingue de la parole proprement dite comme dans l'homme la pensée précède le langage articulé. Dieu est donc raison avant d'être parole. La première est la substance de la seconde, le fond caché d'où elle jaillira. Il y a, du reste, identité d'essence entre la raison et la parole. « Lors même que Dieu n'avait pas encore émis sa parolC;, il l'avait en lui-même, dans sa raison, car il pensait etréglait silencieusement ce qu'il devait dire bientôt par sa parole ^. » Ces termes sont clairs : Tertullien, pas plus que Justin et Athénagore, n'a admis la préexistence éternelle et personnelle du Yerbe. Il n'y voit, avant la création, qu'une pensée divine. Il y a plus, cette pensée n'est pas avant toute chose la conscience que Dieu a de lui-même; non, c'est l'éternelle idée de la création, car, comme il vient de nous le dire. Dieu pense ce qu'il va prononcer par sa parole. Or, ce divin discours, plein d'être comme tout ce qui vient de lui, c'est le monde, et principalement ce qui est le but, la fin dernière de la création, la créature morale qui, pour nous et dans notre sphère, n'est autre que l'homme. Ce n'est pas sans doute que le Verbe de Dieu se confonde avec le monde; Il en est l'auteur, il est l'organe du pouvoir créateur, une vraie personne divine; mais il n'eu demeure pas
1 « Anle orania Deus erat solus, ne tune quidem solus^ habebat enim secum, quam habebat in semet ipso, rationem suam scilicet. Hune Graeci Ac^ov dicunt. » {Adv. Prax., 5.)
2 « Cum raiionem competat antiquiorem haberi, quia non sermonalis a principio, sed rationalis Deus, etiam ante principium. Etsi Deus nondum sermonem suum miserai, proinde eum cum ipsa et in ipsa ratione intra semet ipsum habebat, tacite cogitando et disponendo secum quœ per sermonem mox erat dicturus. » {Ici.)