‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 37 sur 387 · PLAINTES DE LA PISTIS SOPHIA · texte numérisé non relu

PLAINTES DE LA PISTIS SOPHIA

mauvaises émanées de mon ennemi et surtout celle à la face de lion me tiennent captive. J'ai demandé du secours, mais ma voix meurt dans la nuit. J'ai élevé mes jeux vers les hauteurs, afin que tu me secoures, ô lumière. Mais je n'y ai rencontré que les puissances ennemies qui se réjouissent de mon infortune et veulent l'accroître, elles ont voulu éteindre le rayon que je tiens de toi. Maintenant, ô lumière de vérité, c'est dans la simplicité de mon cœur que j'ai suivi la fausse clarté que je confondais avec toi. Le péché que j'ai commis est tout entier devant toi. Ne me laisse pas souffrir plus longtemps, parce que j'ai crié à toi dès le commencement. Car c'est pour toi que je suis plongée dans cette affliction. Me voici dans ce lieu, pleurant, redemandant ces clartés que j'ai vues sur les hauteurs. De là la fureur de ceux qui gardent les portes de ma prison. Si tu veux venir me sauver, grande est ta miséricorde, — exauce ma supplication. Délivre moi de cette matière ténébreuse, de peur que je ne sois comme perdue en elle '. » « 0 lumière, abaisse sur moi le regard de ta miséricorde, — car je souffre cruellement. Hàte-toi, écoute-moi. J'ai attendu mon époux pour qu'en venant il combatte pour moi et il n'est pas venu. Au lieu de la lumière, j'ai reçu l'obscurité et la matière. Je te louerai, je glorifierai ton nom; — que mon hymne t'agrée, alors qu'il atteint les portes de la lumière. Que toute âme soit purifiée de la matière et habite dans la cité divine. Que toutes les âmes qui admettent le mystère y soient introduites ^. » La même plainte s'élève

1 « Libéra me e uAt) hujus caliginis. » [Pist. Soph., p. 3^.) * « Wijya.i horum qui suscipient mysterium. » (/c?., p. 36.)

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douze fois vers le libérateur. « Je suis devenue semblable, dit encore la Sophia, au démon qui habite dans la matière où s'éteint toute lumière. Je suis devenue moimême matière. Ma force s'est comme pétrifiée en moi'. J'ai mis mon cœur en toi, ô lumière, ne me laisse pas dans le chaos. Délivre-moi par la connaissance^. J'ai ma confiance en toi, je me réjouirai, je chanterai des louanges à ta gloire, parce que tu as eu pitié de moi. Donnemoi ton baptême et efface mes péchés. » Cette mythologie pénétrée d'une poétique mélancolie recouvrait habilement le côté abstrait de la gnose et l'appropriait au goût d'esprits subtils et malades. Le dialogue entre Jésus et ses disciples, malgré sa coupe uniforme, plaisait aux lecteurs des Evangiles apocryphes et satisfaisait ces imaginations fiévreuses qui avaient perdu le sens de la beauté véritable. L'orgueil trouvait sa satisfaction dans ces nouveaux mystères qui ne laissaient rien à envier aux initiés d'Eleusis ou de Mithra.

§ 3. — Les gnostiques de la seconde tendance. A. — Les Ophites et quelques autres gnostiques de la même catégorie.

La seconde tendance gnostique a pour caractère spécial de faire du Démiurge un être décidément malfaisant, au lieu de se contenter, comme Basilidès et les premiers Valentiniens , d'y voir un être inférieur, qui ignore le Plérôme. Cette tendance est inaugurée par des

* a Atque mea vis congelascuit in me. » (Pist. Soph., p. 43.)

* « Libéra me in tua cognitione. » (Ici., p. 56.)

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