LE MONDE CRÉÉ DU NÉANT
jesté divine*. La matière ne saurait être éternelle, sinon elle participerait à un attribut essentiel de la Divinité". Elle n'est point sortie du sein de Dieu, sinon il se trouverait que l'indivisible a été divisé ^. Supposer qu'elle est nécessaire, c'est borner l'absolu et lui enlever son indépendance*. On invoque à l'appui delà thèse contraire l'existence du mal que l'on veut attribuer à la matière, mais c'est l'absoudre que de le rendre éternel comme Dieu et l'imputer à Dieu même qui aurait déterminé lui-même cette condition de l'être^. Le but de la création est la gloire de Dieu, qui du reste ne se sépare pas de la bonté, attribut essentiel de la Divinité. La créature morale est le couronnement de l'œuvre.
Le sommet n'en est pas occupé par l'ange, car il n'a pas reçu l'esprit de Dieu comme l'homme; il est semblable à une flamme de feu*. Cependant par une singulière contradiction la liberté lui est attribuée, puisque la chute des démons n'est imputable qu'à eux-mêmes'^. Le rôle de Satan dans notre déchéance est considérable ; il a entraîné après lui l'homme et l'a détourné de ses hautes destinées^. Il n'en était pas de plus grande en effet. Il
' « Totam rtiolem istarn de nihilo expressit, in ornamentimi majestalis sucE. M [ApoL, 17.)
* Adv. Hermog., 4.
3 Id., 2.
* Id., 9.
5 Id., 10.
^ « Afflatus Dei, generosior spiritu materiali quo angeli constiterunt. » {Adv. Marc, II, 8.)
"> ApoL, 22.
8 « Diabolus ipse sese fecerit, deferendo de Deo. » {Adv. Marc, II, 10.)