LE PECHE ORIGINEL
devait fournir à sa volonté l'occasion de se prononcer. Ce n'est que par le libre arbitre qu'il pouvait s'élever à la bouté qui ne lui était pas naturelle comme à Dieu*. Cette liberté qui est un don de Dieu a toujours été fortifiée, secourue par lui. La grâce est une puissauce permanente de l'ordre moral; elle triomphe de la nature^. La chute doit être attribuée à la volonté égarée et rebelle'. Quoiqu'elle aboutisse à la perdition, elle n'a pourtant pas absolument perverti notre être, « car ce qui est de Dieu est plutôt obscurci qu'éteint \ » La nature elle-même reflète encore le divin sous ses altérations. Le péché d'origine se transmet par la génération, car l'âme est engendrée avec le corps et grandit avec lui; le père transmet tous les germes bons et mauvais qui sont en lui^ La mort est le salaire de la révolte et atteint la race entière^.
Cette anthropologie, qui a de très-grands côtés, aurait pu conduire Tertullien à une notion de l'incarnation très-large, et il eût ainsi évité le dualisme tranché des deux natures en Jésus-Christ. Si l'homme est réellement créé à l'image du Verbe, la nature humaine trouvera la pleine réalisation de son idée ou de son
1 « Bonus iiatura Deus solus. Ut ergo bonum jam suum haberit homo, de inslitutione adscripta est illi libertas et potestas arbitrii, ut ita deraum bonus consisteret homo, si ex voluntate jam bonus inveneretur. » (Adv. Marc, II, 6.)
« « Hcec erit vis divinae gratiœ, potentior utique natura, habens in nobis subjacentem sibi liberam arbitrii potestatem.» (De anima, 21.)
' Adv. Marc, 11^ 8.
* « Quod enim a Deo est^ non tani exstiiiguitur, quam obunibratur. In pessimis aliquid boni. » (De anima, 4.)
5 Id., 27.
5 Id., 50,