L'INCARNATION
idéal dans la manifestation terrestre de son prototype. Il est étrange de voir Tertullien, sur ce point essentiel, reculer au delà d'Irénée. Son traité sur la chair du Christ est tout entier consacré à l'incarnation. Après avoir établi la possibilité du miracle au nom de la toute-puissance de Dieu, qui n'a d'autre borne que sa volonté', il montre éloquemment que la dignité du Très-Haut n'est point compromise par un tel abaissement. L'amour y trouve sa meilleure gloire; oui, le Christ a aimé cet être infime dont les origines sont si basses^. Pour lui, il est descendu du ciel, pour lui, il s'est soumis à toutes les humiliations, jusqu'à la mort, même la mort de la croix. On peut mesurer son amour au prix de notre rançon. Voilà la divine folie qui confond la sagesse humaine: un Dieu né d'une vierge, dans une chair humaine, et se présentant , en quelque sorte, dans les opprobres de la nature. Si la mort du Rédempteur était nécessaire à notre salut, il fallait donc qu'il naquît pour mourir. Qu'on néquivoque pas avec l'hérésie sur la chair de Christ. Elle n'est point composée d'une essence subtile empruntée aux astres. Qu'auraiton gagné au point de vue de la gnose, pour laquelle toute la création est l'œuvre d'un Eon déchu et peut être considérée dans son ensemble comme le péché d'un Dieu*? Le corps de Christ n'est pas davantage de substance angélique ! « L'homme était tombé, c'était l'homme
• « Deonihil impossibile, nisi quod non vult. » {De carne Chrisli, 3.) ^ « Certe Christus dilexit illum in immunditiis. Ama\it utique quem magno redemit. » {Ici., 4.) ' Id., 8.