DIEU TOUJOURS DISTINCT DE L'HOMME EN JÉSUS
Dieu, comme la chair ne saurait cesser d'être humaine. « Ainsi, nous ayons deux natures non confondues, mais unies dans une seule personne en Jésus'. » Le caractère propre de ces deux natures ne subit aucune altération, car r Esprit accomplit les œuvres qui lui appartiennent, à savoir les miracles, tandis que la chair subit tout ce qu'elle doit endurer. « Jésus est donc homme par la chair, Dieu par l'Esprit. Il est mort dans son humanité, taudis qu'il demeure par l'Esprit, le Verbe et le Fils de Dieu -. « Il résulte de ces termes si explicites que l'humanité de Jésus se réduit essentiellement à sa chair, qu'elle est toute passive; nous retombons ainsi dans un nouveau docétisme qui porte une grave atteinte à l'œuvre rédemptrice. Tertullien parle bien ailleurs de l'âme de Jésus qui a fléchi sous le poids de la douleur et qui a poussé le cri de détresse sur la croix; mais la partie active de son être n'en demeure pas moins l'Esprit ou le Verbe, car pour qu'il meure il faut qu'il en soit dépouillé. « Il a mêlé en lui l'homme et le Dieu, se montrant Dieu dans sa force, homme dans la faiblesse, donnant à l'homme tout ce qu'il enlève à Dieu^. » Le dualisme est bien le dernier mot de Tertullien; on ne s'explique plus sa notion d'une humanité créée à l'image de Dieu et faite pour lui ressembler parfaitement. C'est là l'une des plus graves imperfections de son système.
1 « Videmus duplicem statuin, non confusum, sed conjunctum in uiia persona Deum et hoininem Jesum. » [Adv. P/ax., 27.)
2 Id., 27.
3 « Miscente in semet ipso hominem et Deunn, in virtutibus Deum, in pusillilatibus honainena. » [Adv. Marc, II, 27. Voir M. Réville, art. cité, p. 126.)
L'œuvre rédemptrice est affirmée par lui plutôt que définie; il attribue une haute importance à la mort et à la résurrection de Jésus, il parle la langue de saint Paul comme tous les Pères, mais aucune idée claire ne se dégage des mots. La notion d'expiation proprement dite n'apparaît nulle part. Il insiste très-énergiquement sur la nécessité que le Christ \înt ici-bas dans l'opprobre et la douleur avant dy revenir dans la gloire. Il le compare au bouc de la malédiction que Ton tuait hors du camp et au bouc de l'expiation dont le sang coulait sur l'autel pour les péchés du peuple'. Ce sang qui nous rachète est le sang de l'Agneau sans défaut, le sang même d'un Dieu -. Rien de plus explicite que ce langage, mais quand on le presse on n'y trouve que le vague et l'hésitation. La croix, sans doute, occupe une place centrale dans l'histoire religieuse; elle est le fondement de l'Evangile et de notre salut ^; elle répond à tous les oracles comme à tous les types de l'Ancien Testament, depuis le sacrifice disaac jusqu'aux mains étendues de Moïse intercédant pour son peuple, qui préfigurent les mains clouées de la victime du Calvaire. La croix a été cette puissance qui enlève l'humanité au ciel comme les cornes du taureau auquel Joseph, cet autre type du Christ, a été comparé. Elle a été une victoire sur le démon et, semblable au serpent d'airain, elle guérit l'âme, qui la contemple avec foi, des morsures du serpent diabo-
» Adv. Marc, m, 7.
8 De pudicitia, 6.
' « Mors Chrisli summum fundamentum Evangelii. » {Adv. Marc. III. 8.)