‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 383 sur 387 · CYPRIEN · texte numérisé non relu

CYPRIEN

transfiguration glorieuse*. La nature entière aura sa paliugénésie. L'âme attend la consommation suprême dans un état intermédiaire qui n'est ni la terre ni le ciel, mais la prépare à la gloire future-. Le millenium est le rétablissement du règne de Christ sur la terre. Toutes les images apocalyptiques sont prises dans un sens littéral. Jésus reviendra juger le monde, enverra les méchants aux peines éternelles et consumera par le feu son enveloppe actuelle; de ses cendres renaîtra une nature purifiée et rajeunie et le Fils remettra le règne à son Père^.

Tel est ce système marqué du commencement à la fin d'un caractère de réalisme et d'élroitesse, mais traversé de spleiidides éclairs de génie et d'éloquence. Il était destiné à exercer une action considérable sur la pensée chrétienne aussi bien par ses imperfections que par ses grands côtés.

§ II. — Cijprien.

Tertullien doit en grande partie la durée et l'étendue de son influence à la sage modération de son disciple Cyprien, qui l'a autant servi par ce qu'il a retranché de sa doctrine que par la forme limpide et adoucie qu'il lui a donnée. Le torrent bouillonnant coule désormais entre des rives largement découpées et devient fleuve.

' De resurrect. carnis, 57.

2 De anima, 53-58. « L'âme n'a d'autre souffrance que l'attente de la résurrection.» (C. 58.) Il n'y a rien là qui ressemble à une expiation.

3 De spedac, 30 ; De resurrect, cornis, 63.

504 IL REPRODUIT TERTULLïEN EN L'ATTÉNUANT.

Cyprien n'a rien ajouté à la théologie de son maître, il n'a point creusé un sillon nouveau, mais il a cultivé avec soin celui qui venait d'être ouvert par une pensée fougueuse et originale. Sur un seul point, celui de l'Eglise, il l'a complétée ou précisée. Nous n'avons donc pas à insister longtemps sur la partie dogmatique de son œuvre, car nous n'aurions guère à relever que les développements d'une éloquence admirable bien que toujours sereine.

Pour la théologie proprement dite Cyprien s'est borné à reproduire les idées de son illustre devancier, en évitant des formules trop rigoureuses. Il cite les principaux textes de l'Ancien Testament par lesquels Tertullien établissait que le Verbe était la Sagesse du livre des Proverbes, produite par Dieu avant toutes ses œuvres ^ Il est donc probable qu'il admettait lui aussi que le Verbe avait eu un commencement et que l'éternelle pensée de Dieu n'était devenue une personne distincte qu'à la création. 11 ne tarissait pas d'ailleurs sur la divinité parfaite du Christ, dans lequel il voyait et adorait THomme-Dieu, sans préciser le rapport des deux natures -. 11 n'est pas plus explicite que Tertullien sur l'œuvre du salut, il l'affirme plus qu'il ne l'expose. Elle est plutôt une délivrance de la mort et un secours contre le péché qu'une rédemption, bien qu'il emploie lui aussi le langage apostolique et parle de notre rachat par le sang de Christ ^ Mais c'est un rachat qui na rien

1 Cvprien, Testim. contra Judxos, II, 1.

î Id., II, 6-10.

3 « Per sanguiiiem Domini redempti sumus. » (De habitu virg., 2.)

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