MERITE DES ŒUVRES
porter notre fardeau que dans un sens restreint, il a été plutôt la victime du mal qu'il ne l'a réparé, et sa mort est un triomphe et non une expiation. Sans doute le résultat de cette victoire nous demeure acquis; elle nous a valu le secours de sa grâce, et l'assistance constante de son amour qui le rend présent au milieu de son Eglise. Il est bien le libérateur, mais il n'est pas le rédempteur au sens complet. De là vient que la morale chrétienne perd de sa simplicité sublime ; elle est une échelle de mérites gradués avec soin au lieu d'être l'assimilation de l'oeuvre du Calvaire définitivement accomplie pour couvrir tous nos péchés. Les plus hauts degrés de cette échelle dépassent le niveau obligatoire, le martyre, quoique exigible de tous les chrétiens selon l'occasion , met hors de pair ceux qui l'ont subi, mais la virginité, dont on ne saurait faire un devoir absolu pour tous les croyants, est un conseil de perfection que doivent suivre tous ceux qui désirent appartenir à l'élite des saints ^
Cyprien ne pouvait échapper au matérialisme sacramentel qui grandit dans la proportion exacte où l'œuvre rédemptrice est diminuée. Cependant il se contente de voir dans la sainte cène un type de l'union mystique du peuple chrétien avec le crucifié^, bien qu'il semble
sericordise meritis peccata purgari. » {De operis et eleemosyna, 5.)
' De habitu virg,, 21.
2 D'une part Cyprien dit que par la cène nous sommes munis du corps et du sang de Jésus-Christ : «Non inermes protectione sanguinis et corporis Christi muniamus quos excitamus ad prselium. » ( Fpist., bl, 2.) D'une autre part, dans sa lettre 73, il déclare que c'est bien le vin qui est offert à Dieu dans l'eucharistie [Episf., 73, 13), et que l'eau qui y est mêlée représente le peuple de Dieu. Ce passage détermine la valeur repré-