‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 42 sur 387 · SON CARACTERE EMPORTE · texte numérisé non relu

SON CARACTERE EMPORTE

sant la grande et féconde synthèse de la prédication apostolique, pour n'en relever que le côté polémique et négatif. Il se croit appelé à renouveler incessamment la scène d'Antioche ; il traite l'Eglise comme un autre Céphas qu'il s'agit de réprimander pour son attachement au judaïsme, et il comprend sous ce nom tout ce qui de près ou de loin se rattache à la religion de l'Ancien Testament. C'était oublier les vues si larges et si profondes de l'Apôtre des Gentils sur les rapports des deux alliances et en particulier sur le rôle préparatoire de la loi. Voilà pourquoi ce paulinien outré n'a pu remplir la noble mission qui lui était dévolue, car rien n'était plus opportun de son temps que de réagir contre les tendances judaïques d'autant plus dangereuses qu'elles reparaissaient sous des noms nouveaux. L'esprit de réforme se distingue de l'esprit de bouleversement en ce qu'il ne détruit que les végétations parasites sans s'attaquer aux parties vitales de l'arbre.

Pour être juste, il faut tenir compte des circonstances dans lesquelles s'est développé Marcion. Né au bord du Pont-Euxin, vers l'an 120, il se trouva en présence d'une tendance, qui empruntait à la littérature apocryphe des Juifs ses teintes chaudes et colorées pour représenter l'avenir de l'Eglise, et tombait ainsi dans un vrai matérialisme, Marcion fut poussé à l'extrême opposé. Fils d'un pieux évêque, il s'était signalé par une piété exaltée, déjà inclinée à l'ascétisme ; il avait débuté par l'aire don à l'Eglise d'une grosse somme d'argent*. Nous ne pouvons admettre l'accusation très-

1 Tertullien, De prxscriptionibus, c. XXX.

Page 1