IL MAINTIENT LE SACERDOCE UNIVERSEL
d'abord en ce qu'il repousse énergiquement cette espèce d'aristocratisme intellectuel si dédaigneux du profane vulgaire, qui relevait entre les ignorants et les savants la barrière abaissée parle maître divin. Marcion n'admettait même pas que l'on fît une différence à l'heure de culte entre les membres de l'Eglise et les cathécumènes ; tant il était préoccupé du désir de populariser la vérité*. Ensuite il rejetait nettement la méthode des interprétations allégoriques ; il voulait que l'on s'en tînt au sens naturel des textes, sans recourir à une exégèse complaisante qui esquivait toutes les difficultés et les noyait dans un symbolisme arbitraire. Ne pouvant user des artifices par lesquels on se débarrassait des textes difficiles ou qui prêtaient au scandale, il préférait écarter ce qu'il ne pouvait interpréter, et il se faisait un livre sacré à son usage, lequel contenait à l'entendre la vraie tradition de l'enseignement de Jésus- Christ. 11 ne trouvait cette pure tradition que dans les écrits de saint Paul et dans l'Evangile de Luc, attribué à l'influence directe de l'Apôtre des Gentils. Encore ne l'acceptait-il que sous bénéfice d'inventaire et il en éliminait tout ce qui contredisait son système. C'est ainsi que Marcion a été le père de la critique purement interne et subjective.
On a beaucoup discuté pour savoir s'il admettait deux ou trois principes des choses. Il est certain qu'il établissait une opposition éternelle entre le Dieu suprême
1 «Marcion hune locum (Gai., VI, 6) ita interpretatus est, ut putaret fidèles et catechumenos siraul orare debere. » (Jérôme, Comment, in ep. ad Gai.)