IL ADMET TROIS PREMIERS PRINCIPES
et la matière incréée, source de tout mal. On se demande seulement si le Démiurge ou le Dieu inféîicur qui a créé le monde était élevé par lui au rang d'un troisième principe. 11 semble que telle était bien sa pensée, car l'opposition entre le Démiurge et le Dieu suprême est trop radicale pour qu'on suppose que le second procède du premier. D'un autre côté la matière est nettement distinguée du Démiurge', puisque le premier homme a été condamné précisément pour avoir violé la loi de son créateur sous l'influence de la matière. Il vaut mieux s'en tenir à la coexistence de trois principes distincts, sous la réserve que le principe matériel étant essentiellement négatif ne peut se comparer aux deux autres; le système après tout en revient au dualisme^. N'essayons pas d'introduire une précision rigoureuse dans la métaphysique d'une école qui est constamment préoccupée de religion et de pratique. Marcion ne cherche point à rattacher le monde créé au monde supérieur par une longue chaîne d'émanations ou d'Eons. Son Dieu suprême demeure immobile pendant toute l'éternité; il ne sort de son repos qu'au temps du salut. Le Démiurge a créé le monde sans se douter qu'il y ait un pouvoir supérieur au sien ; il façonne la matière incohérente et en tire le corps de l'homme qu'il anime de son souffle. Il lui
» E^spoi 0£ y.afJwç y.al 6 vaur/;ç Mapy.fwv, z'jo ctpyàq drjr,--(Giiv-ai. (Rhodon, apud Eusèbe, //.£■., V, 13.) A'jo yp'/àç tou r.avToq uziôSTO. [Phil., VII, 29.)
- Terlullien compte trois principes d'après Marcion : « Etmateria enim deus secundum formam divinitatis, innata scilicet et infecta et aeterna. Atque ita très intérim mihi deos numera Marcionis. » [Adv. Marc, 1, 15.) Néander (Kirch. Gesch., \, 521; Gnoslisch. Syst., 287 et suiv.), dans son admirable exposition du système de Marcion, a eu le tort de vouloir ra-