DUALISME ABSOLU
donne une loi, mais sans le rendre capable de l'accomplir. La chute de l'homme est à la charge du Démiurge *. Celui-ci n'est pas simplement le Dieu visible, opposé au Dieu invisible ; il présente encore la justice étroite, implacable, qui s'arrête à ce qui est extérieur, n'admet qu'une vertu mercenaire et incomplète et se venge du mal plutôt qu'elle ne le punit*. Le Démiurge est l'arbre mauvais de la parabole qui se reconnaît à son fruit ^. L'Ancien Testament est le monument de celte activité malfaisante, le peuple juif est le peuple du Démiurge, la loi est l'émanation de sa cruelle justice, et les misérables destinées d'Israël révèlent l'impuissance d'un Dieu qui n'a pas même su assurer l'ascendant de ses favoris*. Quant au paganisme, il appartient à la matière et aux démons comme le judaïsme appartient au Démiurge. Tel est l'état du monde jusqu'à la quinzième année du règne de Tibère.
Tout d'un coup, sans transition et sans préparation, comme l'éclair qui fend la nue, le Dieu suprême apparaît dans la personne de Jésus-Christ ^. Ce Dieu su-
mener le Démiurge au Dieu suprême, tandis que Daur, également dans l'intérêt d'une symétrie impossible, l'a identifié à la cause matérielle et visible [Christ H iche Gnosis, 276-282). Pourtant il y a opposition entre le Démiurge et la nature, comme le prouve la chute de l'homme. Cette opposition ressort du fragment du livre arménien d'Esnik, cité par Mœller (Gesch. dcr Koimologie, p. 378 et suiv.) dans lequel la matière lutte contre le Démiurge pour attirer l'homme à elle. 1 Terlullien, Adv. Marc, II, 5.
* « Quo ore constitues divinitatem duorum Deorura, separalionem seorsum deputans Deum bonum et seorsum Deum justum. » {Id., II, 12.)
3 Phil., Epitome, X, 19.
^ Cofitra Marc, U, lS-'i9.
* « Subito Christus. » (Contra Marc, IV, 11, 17.)