LE NATURALISME DE LA GNOSE
et se plonge dans un rêve fantastique où les visions les plus étranges sont prises pour des réalités et succèdent aune dialectique abstraite et serrée.
Il faut connaître ce qu'on peut appeler la pathologie intellectuelle de cette époque, unique dans l'histoire, pour apprécier et même pour comprendre l'apparition d'un phénomène tel que le guosticisme. 11 n'est que l'une des manifestations spéciales d'un mouvement bien plus général, ou plutôt il est le contre-coup de ce mouvement au sein du christianisme. Le deuxième et le troisième siècle de notre ère subirent largement ces influences combinées de la philosophie et de la religion qui avaient pour résultat une sorte de naturalisme mystique dont il faut expliquer la filiation. Les religions de la nature, après avoir ouvert le cycle du paganisme devaient le fermer, car, livré à lui-même, l'homme ne s'en affranchit jamais complètement; l'âme pressent et demande un Dieu plus grand et plus saint ; elle s'élève parfois jusqu'à lui d'un coup d'aile, mais elle ne peut à elle seule se maintenir sur ces hauteurs sacrées ; elle retombe bientôt sous l'empire des forces naturelles et revient à son premier culte, mais elle lui revient attristée, inquiète. Ce n'est plus l'enchantement naïf et plein de fraîcheur qui respire dans les hymnes des Védas. La note mélancolique vibre de préférence comme à la fin d'un gai festin à Rome et à Athènes, alors que la couronne des convives tombait fanée à leurs pieds. L'homme ne se contente plus du phénomène naturel, de la brillante et féconde aurore, de la pluie fertilisante et du feu « qui frémit sur le foyer comme un oiseau