‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 6 sur 387 · LE NATURALISME SOUVERAIN EN ORIENT · texte numérisé non relu

LE NATURALISME SOUVERAIN EN ORIENT

doré. » Il veut, sous le phénomène, atteindre la cause cachée, profonde, immense d'où tout émane ; il tombe dans un panthéisme accablant qui le met en présence non d'un Dieu vivant, mais d'un abîme béant où rien ne commence ni ne finit, mais où tout passe et se perd dans un incessant devenir. La religion de l'Inde, surtout sous sa forme définitive qui est le bouddhisme, avait donné l'expression la plus parfaite au naturalisme panthéiste, elle en avait trouvé le dernier mot. Aussi son influence fut-elle grande dans un temps où les antiques barrières qui séparaient les peuples s'abaissaient partout. Elle l'emportait incontestablement sur le parsismc qui se prêtait moins à l'ascétisme et à l'extase que l'on considérait de plus en plus comme les deux ailes capables d'élever l'âme au-dessus du périssable et du changeant. Du reste, la religion de Zoroastre elle-même tendait à se modifier comme nous l'avons vu en retraçant le développement qu'avait pris le culte de Mithra. La religion gréco-romaine, surtout en Asie Mineure et en Egypte , s'était largement pénétrée du panthéisme oriental; elle le traduisait à sa manière, grâce à l'élasticité de ses mythes. Le judaïsme n'était pas demeuré étranger à un mouvement si vaste; même sur la terre des prophètes, devant le sanctuaire où étaient déposées toutes les traditions nationales, il avait respiré l'air qui avait passé sur les grandes forêts de l'Inde. L'essénisme était une sorte de bouddhisme juif qui transportait dans les solitudes brûlées de la mer Morte la même soif d'anéantissement.

La philosophie du temps, celle du moins qui ne se

1 i LE NATURALISME DANS LA PHILOSOPHIE DU TEMPS.

contentait ni de répicurisrae, ni du doute universel de la nouvelle Académie, s'eflbrcait de réduire en système ce naturalisme panthéiste, et il avait a son service ce merveilleux instrument de la dialectique des Platon et des Aristote que la grande école classique lui avait légué. Nous avons déjà dépeint ailleurs le grand mouvement alexandrin qui aboutit au néo-platonisme et que l'on peut considérer comme un mouvement parallèle au gnosticisme, car il est issu des mêmes préoccupations et révèle la même tendance ; il est au platonisme ce que la gnose a été au christianisme , avec cette différence que le système de Platon se prêtait infiniment mieux, que lEvangilc à une pareille interprétation, grâce à l'élément oriental qui le pénétrait; il suffisait d'en retirer le souffle moral pour le faire aboutir à une théosophie tout asiatique. Plutarque lui-même appartenait à la même tendance. Ce fils de la Grèce qui semble avoir pris à tâche de recueillir précieusement tous les trésors de la culture classique, est en réalité un transfuge de l'Occident ; il n'a gardé que les souvenirs glorieux du patriotisme et la langue lumineuse de sa patrie. En réalité c'est un Oriental complet au point de vue philosophique. Le Dieu véritable pour lui est uu Dieu caché, profond, que nulle créature ne peut connaître, si bien qu'une divinité iutermédiaire qui lui parait symbolisée dans la déesse Isis lui a été nécessaire pour organiser la matière. L'âme ne le rejoint que par l'extase ou la contemplation en se dégageant de tout ce qui est corporel ' .

' Ritter, Histoire de la philosophie ancienne, traduction Tissot; t. IV, p. 416, 417.

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