ASCÉTISME OUTRÉ
entre le Christ et le Démiurge, sur les confins du monde supérieur. Le crucifié aurait fermé la bouche à son adversaire en le confondant par sa propre loi, qui défend de verser le sang innocent. Il lui aurait arraché l'aveu de son infériorité et aurait délivré tous ceux de ses subordonnés qui lui auraient donné leur confiance, abandonnanties Juifs obstinés aux sévérités du Démiurge. Jésus remonte au ciel ; il y attire après lui par le rude sentier de l'ascétisme tous ceux qui croient en sa parole ; leur àme doitbriser son enveloppe matérielle comme l'oiseau brise l'œuf ou l'épi la paille qui l'enferme * . Ils doivent se préparer aux gloires de l'invisible en renonçant à toutes les jouissances matérielles, en rompant tous les liens charnels. Marcion imposait à ses disciples la chasteté absolue, il condamnait le mariage; et demandait à ses catéchumènes de renoncer à la famille et à tous les biens de la terre. Bien loin de craindre l'opprobre et le martyre, il les glorifiait l'un et l'autre comme de sûrs moyens de purification. « Nous sommes voués, disait-il, à la haine et à la douleur. » On comprend très-bien l'influence exercée par un tel système, car il était plein de sève morale, pénétré d'un ardent amour pour le Christ, et d'un profond sentiment de l'incontestable supériorité du christianisme sur tout ce qui l'avait précédé. Ce qu'il avait d'erroné, la part qu'il faisait à une métaphysique légendaire et à l'ascétisme oriental, lui gagnait bien des sympathies dans un temps dont il satisfaisait les tendances les plus prononcées. Aussi, malgré de vives résistances, malgré la polémique passionnée
* Baur, Christliche Gnosis, p. 273.
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de Tertullien , le marcionisme recruta de nombreux adhérents et constitua une véritable Eglise schismatique. Son influence durait 'encore au temps de Théodoret, témoin ce farouche \ieiliard qu'il avait rencontré, et qui se lavait le visage avec sa salive, afin de ne pas emprunter une goutte d'eau au monde maudit du Démiurge * .
Parmi les Marcionites, on cite Prépon qui insistait sur l'existence du troisième principe et Apelle, qui avait pour disciple enthousiaste une femme du nom de Philomèle; il admettait quatre principes, faisant du mal une sorte de personnification distincte. 11 était aussi sévère que Marcion pour l'Ancien Testament; son docétisme paraît avoir été moins tranché, car d'après lui, le Christ en remontant au ciel aurait rendu les parcelles de sa chair aux divers éléments auxquels elles appartenaient. A la suite d'un long séjour à Alexandrie, il mêla au système de Marcion plusieurs éléments de la doctrine de Valentiu. Le mythe de la Sophia reparaît dans sa notion du Démiurge qui soupire après le monde supérieur dès qu'il l'a aperçu. Un système qui perd ses contours arrêtés est bien près de son déclin. L'école de Marciou allait bientôt se dissoudre dans le creuset toujours en travail d'une spéculation effrénée.
1 Tnéodoiel, De hxretic. fabulis.^ \, 24.