‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 51 sur 387 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE MANICHEISME.

Le gnosticisme , combattu pendant près de deux siècles par les plus beaux génies chrétiens de l'Orient et de TOccident, fut d'autant plus sûrement vaincu qu'on ne lui avait opposé qu'une résistance toute morale, qui ne s'était pas déshonorée par le recours à la force. Néanmoins il reparut en Perse vers la fi u du troisième siècle sous une forme nouvelle, qui trahit la lassitude de l'esprit spéculatif. L'effort dialectique y est beaucoup moins grand que chez Basilidès et Valentin, la légende destinée à recouvrir d'images brillantes la construction métaphysique et à lui donner la vie et la couleur a perdu toute originalité. Le manichéisme est une traduction, en langage chrétien, des idées qui sont à la base de la religion de Zoroastre, mélangée de quelques emprunts faits aux premières hérésies. Cependant, en touchant le sol de la Perse, le gnosticisrae reprend une vie nouvelle; si ses créations sont moins hardies, elles sont aussi moins compliquées et plus populaires. Aussi cette élaboration appauvrie

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lui rendit un crédit sur lequel il ne pouvait plus compter, sans qu'il ait toutefois agi comme son devancier sur la pensée de l'Eglise ; il ne Ta ni pénétrée, ni stimulée par la nécessité d'une résistance énergique.

Le manichéisme a pris naissance au sein delà religion qui avait présenté le dualisme avec le plus de netteté ; elle l'avait élevé jusqu'aux limites du monde spirituel, sans les franchir toutefois, car elle n'a pas dépassé l'opposition quelque peu idéalisée des ténèbres et de la lumière. Nous avons vu que le christianisme avait de bonne heure recruté en Perse un grand nombre d'adhérents. Il avait même exercé une influence profonde sur les sectateurs de Zoroastre, qui pour lui faire face lui avaient emprunté ses propres armes. Les nouveaux livres sacrés élaborés à cette époque dans l'Iran portent l'empreinte visible des idées chrétiennes; l'idée de la rédemption, quoique singulièrement défigurée, y joue un rôle important. Le développement donné par le Bundehesch aux mythes qui concernent le héros vainqueur du mal, nommé tour à tour Sosiosch ou Mithra, ne se comprend que par l'influence directe de la religion nouvelle. Les célèbres mystères de Mithra ont pris à l'Evangile leur idée fondamentale du renouvellement de l'être au travers de la mort. Les rites qui s'y célébraient étaient imités du baptême et de la sainte cène. Pour qu'une religion aussi ancienne et aussi glorieuse que celle de Zoroastre ait cru devoir essayer un compromis avec un culte si longtemps inconnu et méprisé, il fallait que le christianisme eût grandi à côté délie, avec une étonnante rapidité, et qu'elle redoutât en lui un dangereux rival. Le mani-

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chéisme est comme la contre-partie de ces tentatives de fusion ; la religion noiiYelle, mal comprise et déjà altérée dans son essence, se retourne vers le cultedu passé et s'efforce de le rajeunir en lui donnant son propre nom. Elle lui laisse ses doctrines et se contente d'en modifier l'expression. Manès est resté mage en se disant chrétien; là était le péril et aussi l'inanité de sa tentative '.

Nous avons sur Manès deux sources de documents, les uns accrédités en Occident, les autres provenant des historiens de la Perse. Les premiers se réduisent au récit d'une prétendue dispute publique que l'hérésiarque aurait soutenue à Cascar en Mésopotamie contre un évêque nommé Archélaiis. Non-seulement ils abondent en détails sur la doctrine de Manès, mais encore ils retracent son histoire. Ils lui donnent deux devanciers immédiats. Le vrai fondateur de la secte aurait été Scythianus, riche Arabe versé dans toutes les sciences de

' Les sources où nous avons puisé cette exposition du manichéisme sont, à part les historiens modernes de l'Eglise : 1° la Dispute d'Archélaûs , renfermée dans le cinquième volume du Reliquix de Routh; nous nous expliquerons plus tard sur sa valeur historique. 2° L'écrit polémique de Tite de Botsra [Contra Manichxos , lib. IV, apud Henrici Ganisii lection. antiq., édition Basnages, tome I. 3° Les fragments des Lettres de Manès, renieillis par Fabricius [Bibliotheca grxcu, tome YIII, p. 315); ceux recueillis par saint Augustin, spécialement dans VOpus imper fectum. 4" Un fragment précieux d'Agapius, disciple de Manès, dans Photius, Bibliotheca, codAld. 5° Alexandre de Lycopole, philosophe alexandrin, qui aurait vécu entre le quatrième et le cinquième siècle^ a donné une exposition exacte du manichéisme, du moins en ce qui concerne la partie métaphysique du système. On trouve ce précieux fragment dans le recueil de Combefils intitulé : Auctarium nov. Biblioth. Patrum, pars II. Citons encore Epiphane, Hives., 66, qui n'a guère fait que coi piler la Dispute d'Archélaûs; Théodoret, De hxretic. fabulis., 1, 25. Voir enfin l'Histoire critique du Manichéisme, par Beausobre (vol. I et 11)^ vaste répertoire qui épuise la matière.

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