JEUNESSE DE MANES
musicien et peintre , il était fait pour exercer un grand ascendant sur ses contemporains. Il est douteux qu'il se soit jamais franchement rattaché à l'Eglise, bien qu'on prétende qu'il a été revêtu quelque temps de la prêtrise. Il n'a jamais accepté l'autorité de l'Ecriture sainte; il en use avec elle comme avec sa propre religion, n'en gardant que ce qui lui convient. En réalité il n'avait pris au christianisme que le nom du Christ et les mots de péché et de rédemption qu'il traduisait à sa guise, bien qu'il retînt la notion d'une révélation nouvelle et définitive destinée au genre humain tout entier. Dans le temps et le pays où il vivait nul système ne réussissait sans l'attrait du merveilleux. N'avait -il pas l'exemple de Zoroastre lui-mêtne, qui n'avait parlé que de visions et d'extases? Un mage, son contemporain, connu pour sa sainteté, passait jiour avoir été transporté au ciel pendant plusieurs jours; il y avait contemplé de ses yeux les mystères du monde inconnu, et était parvenu par ses récits à dissiper les doutes de son souverain sur la vie future. Manès aspirait à jouer un rôle semblable; il eût voulu devenir un nouveau Daniel à la cour de Perse; obtenir la faveur royale lui semblait le plus sûr moyen d'assurer le triomphe de sa doctrine. Aussi commença-t-il bientôt à raconter ses visions et à trancher du prophète. Il se donna comme l'apôtre par excellence de Jésus-Christ, le véritable interprète de ses enseignements, inspiré directement du ciel. 11 s'attribua le rôle et le nom du Paraclet, ' moyen commode de déna-
' 11 s'était donné comme le Paraclet annoncé par Jésus. 11 prétendait