‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 60 sur 387 · L'HOMME PRIMITIF OPPOSE A LA MATIERE · texte numérisé non relu

L'HOMME PRIMITIF OPPOSE A LA MATIERE

sa nature lumineuse ^ Les princes de la matière dévorèrent une portion de son armure qui est l'âme. Aussi quand il est soustrait aux agitations du combat en étant introduit dans la haute région du Dieu bon, laisse-t-il après lui des parcelles de lumière qui se mêlent à la matière. Mais ce qui paraît une défaite est en réalité un triomphe, car c'est précisément par ce mélangeque le principe du bien parvient à adoucir et à dompter les forces chaotiques de la matière. Celle-ci fut liée comme une bête fauve par la portion spirituelle qu'elle avait absorbée, et ainsi furent produits le mélange et le tempérament qui empêchent le déchaînement des puissances matérielles-. Seulement le héros divin ne consent pas à laisser périr la substance qui est émanée de lui et qui au fond est sa propre substance. Il veut la dégager peu à peu et l'absorber de nouveau en lui ^. C'est pour cela qu'il produit un nouvel Eon qui est le Saint-Esprit, la puissance organisatrice de la création, travaillant à la délivrance des éléments lumineux qui y sont comme perdus. Les Manichéens représentaient toute cette œuvre de défense et de délivrance par une comparaison familière et expressive. Quand on veut prendre un lion furieux on met un chevreau du troupeau dans une fosse; ses cris attirent l'animal féroce qui tombe dans le piège, tandis que le chevreau lui-même est retiré de la fosse par le berger '. Le lion dévorant c'est la matière en furie,

1 Disput. y4rc/(e/., Routh, V, 49.

2 EoéOr^ Cii-zp 6-^p'!ov. . . •^z-(6^n -roivuv \i.'.^'.z y.ai xpa^'.;. (Tit. Botsra, lib, I, p. 68.

3 T6t£ Çôjv 7îVîu[xa l-ATtsE Tov 7.c::[j.sv. [Disput. j Routh, V, 51.) * Id., V, 99.

IL ATTIRE A LUI TOUS LES ÉLÉMENTS LUiilNEUX. 91

le bélier (jui Tattire et le réduit à l'impuissance; c'est la partie lumineuse descendue de la haute région ; elle est une amorce trompeuse pour le grand adversaire, selon l'expression de Théo;loret ' . 3Iais elle-même doit être sauvée en définitive et c'est là le but de la création et de l'histoire.

Nous retrouvons ici l'idée fondamentale de tous les systèmes gnostiques d'après laquelle la création se confond avec la rédemption. Seulement dans le manichéisme il s'agit bien plutôt de la rédemption de Dieu lui-même que de celle d'un être inférieur. Cette substance lumineuse que le Dieu bon veut défendre des invasions de la matière se confond avec son être. « Le principe bon, disaient les Manichéens, a créé le monde non parce qu'il désirait le créer, mais pour résister au mal ^. » Le monde, le Cosmos, n'est que la matière disciplinée, en vue de défendre l'essence divine, car il n'est organisé que grâce à la pénétration de l'élément matériel par l'élément lumineux; l'ordre résulte du mélange et le mélange est le grand et unique moyen d'apaiser la région inférieure qui, livrée à elle-même, ne cesserait pas de se livrer à ses furieuses incursions. La limite qui sépare la sphère lumineuse de la sphère supérieure n'est pas un Eon spécial qui, semblable à un roc, brise l'effort des puissances d'en bas. Elle est plutôt comme dans la philosophie d'Aristote une force intérieure , une énergie limitante résultant du mélange habilement combiné des éléments contraires.

La mère de la vie et l'homme originel jouent dans le

* Théodoret, De hxretic. fabuL, \, 25.

2 Tit. Botsra, lib. I, p. 69.

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