LE SAINT-ESPRIT RÈGLE LE MÉLANGE
leil et la lune sont au plus haut point du firmament et appartiennent à la région supérieure, ou du moins ces astres sont les premiers intermédiaires entre elle et notre monde. L'élément lumineux se retrouve à tous les degrés de Téchelle des êtres; il est déjà enfermé dans la plante. Son supplice est d'être assujetti aux liens matériels. C'est là, selon une image poétique et hardie des Manichéens, la crucifixion universelle du Christ éternel qu'ils identifient avec le principe lumineux et divin. « Quelle est, dit saint Augustin, celte croix de la lumière dont parlent les Manichéens? Les membres de Dieu, disent- ils, sont répandus dans le monde entier, engagés dans la lutte universelle. Ils sont dans les astres, dans les herbes, dans les fruits. Déchirer le sol par le soc de la charrue, c'est blesser les membres de Dieu; on fait de même quand on arrache une herbe, ou qu'on cueille un fruit. Jésus-Christ est ainsi crucifié dans le monde entier'. » Le développement de la vie dans le monde qui s'élève de règne en régne est un affranchissement progressif de l'élément divin. Ainsi pour ne parler que du règne végétal, il se dégage du sol avec les racines; il se transforme en feuille et en fleur et se répand dans l'air pour remonter à sa source dans la sphère lumineuse. La vie animale paraît inférieure dans un sens à la vie végétale, parce qu'elle est soumise à la loi de la reproduction ; aussi Manès la faisait-il procéder plus directement des puissances ténébreuses. Les ardents rayons du soleil hâtent le dégagement du divin
' « Et ipse est Christus crucifixus in toto mundo. » ^Augustin^ Enarraiif, in P.mlm., GXL, § 12. Edit. Migne, IV, p. 1823.)