CRÉATION DE L'HOMME
du sein de notre terre. Le but du principe bon est de délivrer l'âme des liens du mal et de l'amener à s'exhaler en quelque sorte du sein de la matière *. Les Manichéens avaient remanié le mythe du géant Atlas ; ils prétendaient qu'un génie puissant, fils de la matière, portait le monde sur ses épaules et que les tremblements de terre venaient de ses mouvements ^. Ils expliquaient la création de l'homme d'une étrange façon. D'après eux les puissances malfaisantes de la matière éprouvèrent un grand effroi en voyant à quel point la vie naturelle dans son évolution constante perdait tous les germes divins qui étaient en elle. Désireuses de retenir ces germes pour ne pas retomber dans l'état chaotique, elles produisirentdes êtres qui portaient l'empreinte de leur nature spirituelle. Satan, qui est le roi de ces créations éphémères, les détruisit pour recueillir dans un seul être toutes ces parcelles lumineuses. Cet être qui concentre la vie du monde et qui est tout ensemble âme et corps, c'est l'homme ^. Son âme est la concentration des éléments lumineux épars dans la vie universelle. Son corps est l'élément matériel, mais réglé et vaincu par le mélange. D'après une autre tradition manichéenne les puissances de la matière, après avoir entrevu dans une vision l'homme primitif qui a été transporté dans la région lumineuse , essayèrent de créer un être à son image et produisirent ainsi Adam, le
' TaÛTr^v àvxX'^aa' Tpoxév Tiva èy. xriq 'ûXr^ç. (Tit. Botsra, lib. I. p. 69.)
2 Dispuf., Roulh, V, p. 52.
s Id., V, 65, 66.
L'HOMiVlE AFFRANCHI PAR LA REVOLTE DE L'ÉDEN. 95
père de notre race '. Mais il se trouve qu'en définitive les dénions ont fait un faux calcul et qu'en concentrant la vie divine dans un être qui est l'image du monde, un parfait microcosme , ils ont hâté cette espèce d'évaporation de la lumière après laquelle il ne restera plus que le cadavre de l'univers ou la matière chaotique.
L'œuvre divine consistera a soustraire l'homme au pouvoir de son créateur qui n'est autre que le démon. L'influence des gnostiques Ophites est facile à reconnaître dans cette partie du système. La chute de l'Eden est le point de départ du relèvement, puisqu'elle brise le joug des puissances ténébreuses qui sont personnifiées dans le Dieu de la création. En violant leur commandement, en cueillant le fruit de la connaissance, l'homme commence à fonder sa liberté. L'arbre de la connaissance du bien et du mal s'appelle Jésus-, n'est-il pas en effet l'embième du salut, puisqu'il donne la gnose qui sauve l'âme \ 3Ialheureusement Eve, sous l'influence des démons, a séduit l'homme et l'a gagné à la vie voluptueuse. Yoilà sa vraie déchéance qui est l'abandon aux sens. Les Manichéens prenaient vis à-vis de l'Ancien Testament l'attitude du gnosticisme extrême. Ils s'attaquaient avec violence au Dieu d'Israël, a sa loi qu'ils
1 Toi) |ji,£v çioToç sTvat \>Àpoq ty;v iv àvGpwTuotç 4"^XV'5 '^-^ ^^ ^'^•°- TO'j; 'h cw[ji,a. [Disput., Routh, V, 49.) 'OpiÇsiai xal <l^uy;f,v à^acav eivai '^ipiooq lou à^(ix%ou cu)[;.a xat cipy.a ty;? ï>\r,q. (Tit. Botsra, lib. I, 69. Gomp. saint Augustin, Contra Julian., III, 185, édit. Migne, X, 1325.)
2 Tb 0£ £v Tzapaoîiati) çuxcv, àuTÔ èuxi ô 'Ir^couç. {Disput., Routh, V, 62.)
^ Ici., 66.