LE SALUT PAR LA SCIENCE ET L'ASCÉTISME
sacré au port céleste ' . Sans reconnaître la liberté morale, Manès demande à l'homme de lutter contre la partie matérielle qui vit en lui et de fortifier sa nature spirituelle. Il admet comme d'autres gnostiques une certaine prédétermination de nature qui établit la hiérarchie des âmes. C'est ce qui ressort des termes dans lesquels il s'adresse à une femme rattachée à sa doctrine et dans laquelle il reconnaît le fruit d'une race divine". Le salut dans ce système ne peut consister.que dans la délivrance des liens de la matière; il s'achève à la mort de chaque homme par l'extinction de toute vie corporelle. Nous devons nous y préparer par la connaissance des vrais principes et l'ascétisme. Manès a exprimé très-nettement cette notion toute intellectuelle du salut, dans un fragment de lettre que saint Augustin nous a conservée : « Tu as été inondée de lumière, écrit-il à une adepte de sa secte, en apprenant à connaître ce que tu as été primitivement, de quelle catégorie d'êtres tu émanes, en sachant ce qui se mêle à tous les corps, à toutes les substances et se répand dans toutes les espèces. De même que les âmes sont enfantées par les âmes, de même l'élément corporel procède du corps. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'esprit est esprit. L'esprit, c'est l'âme qui procède de l'âme comme la chair de la chair ^. »
Routh, V, 54.)
* « Quia es divinae stirpis friiotus. » (Saint Augustin, Opas imperfect., III, 172. Edit. Migne, X, 13î8.)
3 « Splendidaredditd es agnoscendo. » (Saint Augustin, Opus imperfect., III, 172. E iit. Migne, X, 1:^8.)
98 DOCETISME ABSOLU.
Une fois que la rédemption se confond avec la simple évolution de la création , le rôle du Sauveur ne saurait être que très-effacé. Il vient simplement nous révéler la véritable notion des choses et nous exciter aux saintes mortifications, il est comme Mithra l'esprit du soleil, le représentant par excellence du principe lumineux; il est ce même homme primitif qui a engagé la lutte contre les ténèbres et ne s'est point mêlé à la vie matérielle ; sa naissance comme sa mort ne sont que des apparences et son corps lui-même est un fantôme. « La nature de la lumière, dit Manès, étant simple et vraie, elle n'est point entrée en contact avec l'essence matérielle '. » Elle a pris l'apparence fantastique de la chair ; elle en a été comme l'ombre impalpable, aussi ne connaît-elle pas la douleur, car on ne saurait parler de la crucifixion de l'ombre de la chair -. Le fils de la lumière a révélé son essence sur la montagne de la transfiguration''. Tl est apparu sous la forme humaine sans être un homme, il n'a point connu l'opprobre de notre naissance*. Saint Augustin déclare dans ses Confessions qu'au temps où il était manichéen, il ne voyait on Jésus que le fils du soleil ^ Le monde doit peu à peu laisser échapper tout ce qu'il
' O'j Yâp G'jsîa; Yj'i^aTO aapy.b; iWb. l\}.y.ùt'^7.-.'. y.xl cr/r,'^yi~'. aapxcç ès'/.'.asOr,. (Frag^ments de Manès dans Fabricius, Bihlioth. Grxca, vol. Vlll, p. 3)5.
2 Fabricius, loc. cit.
* « Apparuit quidera in hominis specie nec tamen fuit homo. » [Dispuf., Routh, 1, 169.)
^ « Ipsum quoque Salvatorem nostrurn tanquam«de massa lucidissimse molis porrectum ad nostram salutem, ita putabam. » [Confess. suncti Âugust., iib. VI, X,20. Edit. Migne, 1, 706.)