MANES ADMETTAIT LA MÉTEMPSYCOSE
renferme de divin ; à la fin des temps l'homme primitif paraîtra, alors la matière ne sera plus qu'une masse inerte consumée par le feu et les àraes qui auront perdu leur substance divine en s'abandonnant à la chair seront confondues avec elle, tandis que les saints ascètes triompheront au sein de la lumière divine '. Ce ne peut être le dernier mot du système, car la matière ne doit pas plus avoir de fin qu'elle n'a eu de commencement. Il est donc probable que la même évolution recommencerait et que cette succession de faits mythiques révèlent les phases successives ou pour mieux dire les lois permanentes de lavieuuiverselle.il est certain que le manichéisme admettait la métempsycose^; les âmes qui n'avaient pas conservé leur pureté voyaient s'ouvrir devant elles une série d'épreuves pour attendre la délivrance définitive. La notion de la liberté morale et celle de la providence étaient entièrement absentes de ce système grossièrement dualiste ^. Manès soutenait sa doctrine par une exégèse qui poussait l'arbitraire jusqu'aux dernières limites. Nous savons qu'il éliminait sans scrupule l'Ancien Testament tout entier. Dans le Nouveau il ne se sentait gêné par aucun texte ; n'était-il pas le Paraclet, le dépositaire des révélations supérieures et définitives? Il usait des mots chrétiens en changeant totalement leur signification \ La secte se servait de plusieurs écrits apocryphes qu'elle exploitait dans son sens'*. La morale
» Dùput., Routb, y, 67, 68. — 2 Photius, Codex, 119. — 3Tit. Bolsra, lib. II, p. 101. — * Pholius, Codex, 179.
^ Les Manichéens se servaient principalement des Acta Thomx, des IIep(o3oi de Lucius Gharinus et des Acta Pauli et Theclœ.
100 LES DEUX DEGRES DINiTIATION.
pour elle se réduisait à l'ascétisme. Les Manichéens professaient le mépris de la vie laborieuse et en ce sens ils rompaient avec les plus vieilles traditions de 1'^vesta qui considérait l'activité féconde dans tous les domaines comme l'œuvre sainte d'Ormuz. Le disciple de Manès devait traverser la vie matérielle en se gardant de tout ce qui accroît ou embellit l'existence. « Quand ils veulent manger du pain, dit Epiphane, ils prient d'abord et prononcent ces paroles: Je ne fai point moissonné, je n'ai point broyé le grain, je ne l'ai point envoyé au moulin. Un autre a fait ces choses et t'a porté jusqu'à moi. Je te mange sans reproches. En effet, celui qui moissonne sera moissonné; si quelqu'un envoie le froment à la meule, il sera broyé lui-même ' . » 11 n'était pas possible de formuler plus nettement l'interdiction de tout travail dans la crainte de nuire involontairement aux parcelles lumineuses répandues au sein de la matière. La secte avait deux degrés d'initiation. Les simples auditeurs n'étaient pas admis aux mystères sacrés et pouvaient user de la vie ordinaire^. Les élus au contraire brisaient tous les liens de la société et du mariage et se livraient aux macérations, ils se soumettaient à trois rites qui étaient le sceau de la perfection* : le signe de la bouche indiquait la pureté du langage et l'abstention de toute nourriture animale, le signe de la main impliquait que l'on renonçait à tout
1 Epiphane , Hxres., 66. L'union des sexes était énergriquement flétrie. Disput., Routh, V, 77.
2 August., Epistol. Clans., IV, ep. 136, 2.
* « Quae suni isia signacula? Oris certè et rnanuum et sinus. » August., De Morib. Manich., lib. Il, c. 10.