LA TROISIÈME TENDANCE ABSORBE LA SECONDE
côté d'un grand courant, grâce à sa couleur tranchée. Elle a enveloppé les Nazaréens dans sa condamnation ; si bien que, déjà à l'époque d'Irénée, le judaïsme modéré, qui, pendant longtemps, avait été placé au bénéfice du concile de Jérusalem, n'a plus de place au foyer de l'Eglise'. Ce qui devait le plus éloigner l'Eglise du jndéo-christianismo, c'était sa répudiation catégorique delà divinité de Jésus-Christ^. Il professait des vues millénaires très-exagérées , et ne reconnaissait dans les Evangiles que celui de Matthieu dans le texte hébraïque^.
La troisième tendance, celle qui est imbue de gnose orientale, a bien plus provoqué l'attention et la discussion que les deux autres fractions du judéo-christianisme, parce qu'elle n'est pas un fantôme du passé renouvelant tardivement une lutte terminée depuis saint Paul et qui est sans objet. Elle vient bien à son heure et elle participe à la faveur qu'obtient si facilement alors tout ce qui est marqué d'une empreinte théosophique. Elle a eu pour premier foyer les mêmes contrées qui avaient vu naître l'essénisme, cette plage désolée et grandiose de la mer Morte, où tout parle de malédiction et de tristesse; ce désert de Judée, qui selon l'expression d'un grand écrivain, semble n'avoir pas rompu le silence depuis qu'il a entendu la voix de Jéhovah. La secte bizarre et mélancolique qui s'était sépa-
' Irénée ne mentionne dans son catalogue des hérésies que les Ebionites, confondant avec eux les Nazaréens.
* IIcpi yrpicTou (Li Acv àvOpW7:ov vo[Ji,(^ouc7'.v. (Epiphane, Contra hxres., XXIX.)
» Saint Jérôme, In Esaiam, lib. XVIII, c. 66. (Vol. IV, p. 672.)