‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 74 sur 387 · ELLE NAIT DE L'ESSENISME · texte numérisé non relu

ELLE NAIT DE L'ESSENISME

rée du mosaïsme oflBciel, sous l'empire du même accablement de Texistence qui a donné naissance dans l'Inde à l'ascétisme effréné du bouddhisme, n'avait pu que prendre un nouvel essor à la suite des terribles maliieurs de la conquête romaine ' . Eux seuls demeuraient debout sur tant de ruines fumantes, car ayant renoncé aux sacrifices matériels, ils n'avaient rien perdu à l'abolition du culte lévitique ; n'avaient-ils pas conservé l'autel le plus favorable aux mystiques offrandes de leurs prières, dans ce pays de la mort où la nature dépouillée et sans éclat semble pratiquer elle-même un ascétisme effréné, sur les confins de ces mornes régions où conformément au rêve des Bouddhistes expirent tout son, toute couleur, toute forme, enfin tout ce qui rappelle la vie? Les judéo-chrétiens exaltés qui se réfugièrent au désert de Judée ne pouvaient manquer de s'allier aux débris de l'essénisme; c'était pour eux la seule manière de se rattacher encore au judaïsme, puisqu'ils trouvaient dans les pratiques de cette secte le moyen de se passer de temple et d'autel. De ce mélange naquit une secte bizarre, dite des Elchasaïtes, qui devait à son tour enfanter l'ébionitisme.gnostique ^.

• Je ne puis souscrire à l'opinion de Ritschl [Altcai/iolù/i. Kirc/ie,'^'' édit.. p. 179), reprise et développée par M. Réville [Nouvelle Revue de théologie, vol. V, 3" livraison), sur l'origine purement hébraïque de l'essénisme. Il est impossible de voir dans l'abstention du mariage et !a suppression des sacrifices un simple développement de la pureté sacerdotale. Il y a là une influence orientale d'autant plus facile à accepter qu'il n'est point nécessaire de recourir à des transplantations d'idées, soit d'Alexandrie, soit de l'Inde. L'atmosphère générale était saturée partout de ces éléments de gnose et d'ascétisme.

* Voir sur la secte des Elchasaïtes, Phil.,lX, 17, 18; Epipbane, Con-

<<0 LES ELCHASAITES.

Ce nom d'Elchasaïtes venait du prétendu fondateur de la secte, qui d'après de vagues traditions aurait reçu, la troisième année du règne de Trajan, un livre mystérieux renfermant la vraie doctrine ^ Ce livre lui aurait été remis par un ange gigantesque accompagné d'une femme dont la taille dépassait également toutes les proportions ^. L'ange serait le fils de Dieu et la femme le Saint-Esprit ^. Evidemment nous avons dans cette légende une ébauche informe du dualisme qui fait le fond de la gnose et que nous retrouverons élaboré dans les Clémentines. La personne d'Elchasaï appartient ellemême à la mythologie métaphysique. En effet ce nom signifie la puissance cachée; il symboliserait la force mystérieuse de la divinité ou le Saint-Esprit, d'où procède toute révélation ^. La doctrine des Elchasaïtes est encore à l'état d'élaboration confuse. La gnose orientale et les éléments judaïques ou chrétiens ne se sont pas encore pénétrés. A la gnose est empruntée la notion d'une grande dualité masculine et féminine placée au sommet de l'univers. L'interdiction de manger de la chair vient également de l'ascétisme oriental. La célébration du baptême révèle l'influence du christianisme, mais ce

tra /livres., XIX; Ritschl, Altcatolisch. Kirche , p. 231. Eusèbe, [H. E., VI, 38), cite un fragment d'une homélie d'Origène tenue à Césarée contre cette secte.

1 Origène (apud Eusèbe.-i/. E, ,VI, 38), Epiphane, XIX, réduisent l'origine céleste du livre au simple caractère prophétique. Les Philusophoumena parlent seuls de l'ange.

* 'Yzh aYY^Xcu, sTvat Se cùv aÙTw vcal ÔTjXs'.av. PhiL, IX, 13.)

3 Tbv ix£v àpseva uibv eivai toû 9£oy, 'ï)v oà 6-rjXsiav xaAeîc9at a^iov TZVtZ^j.'X. [PhiL, IX, 13.)

•* Epiphane, Contra hœres., XIX.

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rite perd toute signification morale; il devient une institution magique qui purifie de tout péché, même des plus grands \ « 0 vous,disaientles adhérents de la secte, qui avez commis adultère, ou qui vous êtes rendus coupables de fausses prophéties, si vous voulez être convertis et obtenir la rémission des péchés, vous obtiendrez la paix et votre sort sera avec les justes , dès qu'après avoir entendu notre livre, vous vous plongerez dans leau tout couverts de vos vêtements -, » Ce baptême n'est pas seulement célébré au nom du Père et du Fils, il est encore accompagné de l'invocation de sept témoins qui sont le ciel, l'eau, les esprits saints, les anges de la prière, l'huile, le sel et la terre ^. Evidemment ces sept témoins sont l'équivalent du Saint- Esprit dont le nom était invoqué après celui du Père et du Fils dans le baptême ordinaire. Il s'ensuit que les éléments du monde font partie de la Divinité , et nous sommes ainsi ramenés au naturalisme oriental. L'huile et le sel rappellent la communion telle qu'elle se pratiquait dans la secte. Le Christ n'est qu'un simple homme ; il est cependant né d'une vierge, mais il est apparu plusieurs fois dans l'histoire sous des formes diverses ''. Il est impossible de se faire une juste idée de sa mission, si ce n'est qu'il est l'une des manifestations de cet ange

' P/iil. ,l'K,lb. BaicTi^ixaTt Aa[;-6âv3tv àpscrcv à[j,ap-t(î)V. (P/iî7.,lX,13. Comp. Eusèbe, VI, 38.)

■^ Phil.,lX, 13.

3 Xpwv-at ce zr.ao'.oaXç, y.a.\ [3a7:-t(7[j.actv im tyj twv CTOixetwv C\>SKOyM. (PhiL, X,29.)

'' Pliil., IX, 14. D'après Epiphane, ils appelaient le Christ le grand roi. (Epiphane, Hxres., XIX.)

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