PHILON PRÉCURSEUR DU GNOSTICISME
morale, jQgurée et annoncée par toutes les voix prophétiques. Le système de Philon était un véritable gnosticisme juif. Aussi son système combiné avec les éléments divers que nous avons rapidement indiqués, se retrouve-t-il en substance dans toutes les variations de la gnose.
Si nous cherchons à discerner dans celle-ci les divers affluents qui s'y sont mêlés, nous reconnaîtrons les trois grandes tendances de l'époque: l'hellénisme, l'orientalisme et le christianisme. Au premier, la gnose a pris son nom et ce caractère purement intellectuel qui réduit la religion à n'être plus qu'une spéculation de l'intelligeuce. Au second, elle a emprunté son naturalisme panthéiste tout pénétré d'une sombre tristesse et d'un amer désespoir. Au troisième, elle a dérobé pour le transformer et le dénaturer la notion de la rédemption; c'est là précisément ce qui distingue la gnose chrétienne de la gnose philonienne. On sent que la grande crise évangélique s'est produite entre les deux doctrines; il n'est plus possible de se contenter d'une simple explication de l'univers comme dans les livres du Juif d'Alexandrie. L'œuvre du Christ a produit un ébranlement immense dans les esprits. Il faut à tout prix la faire rentrer dans un système qui a la prétention d'interpréter l'Evangile, et si ce système demeure entaché d'un incurable panthéisme, il devra se consumer en vains efforts pour dépouiller de son caractère propre la religion de l'amour et de la liberté. Il fera de la rédemption ce que Philon a fait de la libre création; il la réduira à un simple fait cosmologique.
LA GLOSE ABOUTIT AU DOCKTISME. il
Avant d'aborder la classification et l'exposition des divers systèmes gnostiques nous devons encore relever deux caractères généraux qui leur sont communs. Ils inclinent tous vers le Docétismc ; ils tendent à faire évanouir la réalité sensible dans une vaine apparence (Aû'Ha). C'est une conséquence naturelle des principes dualistes. Rattachant le mal à l'élément corporel, ils ne sauraient admettre que le Rédempteur ait aucun contact avec la matière; il ne doit lui emprunter qu'une ombre impalpable, une forme fantastique et plus qu'aérienne. Ni l'incarnation ni la crucifixion ne sauraient être admises sérieusement dans le gnosticisme. Mais ce n'est plus seulement l'élément corporel qui est opposé au bien absolu, c'est encore tout ce qui est fini, limité, transitoire. Les réalités contingentes n'ont aucune valeur, les êtres individuels sont comme l'écume qui se forme sur l'Océan et qui doit s'y fondre. Rien n'importe, si ce n'est l'idée, la gnose, le mot de l'énigme universelle; l'histoire n'en est que l'expression mobile et fuyante. De là le second caractère commun à tous les systèmes gnostiques, le mépris de l'histoire qui devient une sorte de parabole ou de mythologie destinée à traduire en symboles le monde idéal. Ainsi se trouve expliqué le symbolisme vraiment effréné du gnosticisme. Il s'imagine avoir agrandi l'Evangile parce qu'il en a démesurément élargi le cadre et en a fait le drame de l'univers, et il ne voit pas qu'il Ta rabaissé de toute la hauteur qui sépare la physique de la morale puisqu'il n'est plus qu'une théogonie à la façon d'Hésiode. ISonseulement il s'empare des faits pour les modeler à son