‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 82 sur 387 · L'ÉLÉMENT FÉMININ OU LA SOPHIA EST EN DIEU MÊME · texte numérisé non relu

L'ÉLÉMENT FÉMININ OU LA SOPHIA EST EN DIEU MÊME

ainsi que dans son lieu \ Il est le cœur de l'univers, duquel tout part et auquel tout revient ^. Si les Clémentines insistent sur cette bizarre théorie de la forme de Dieu, c'est pour établir une de leurs doctrines favorites, la parfaite ressemblance de l'homme avec son créateur. C'est encore pour le même motif que la sagesse divine qui est comme la vertu productive du Très-Haut, « sa main créatrice étendue pour enfanter la vie universelle, » est assimilée à l'élément féminin '. Ainsi Dieu, comme l'homme primitif, enferme en lui l'élément mâle et l'élément féminin. C'est là le fondement de cette loi de la dualité qui s'applique à tout l'univers ; seulement en Dieu elle ne détruit pas l'unité foncière et éternelle. Cette Sophia qui s'appelle aussi le fils de Dieu, est pour Dieu ce qu'Eve était pour Adam; elle représente évidemment l'élément inférieur , désigné dans le gnosticisme ordinaire sous le nom de Démiurge, et ramène dans cette haute sphère de l'unité divine l'invincible dualisme. Par une inconséquence qui serait étrange dans un système mieux enchaîné, cette sagesse divine qui est l'élément inférieur en Dieu devient l'élément bon pour le monde. Cela est facile à comprendre; la sagesse divine en tant que cause directe de la création matérielle peut être un élément inférieur comparé au Dieu unique, mais elle n'en est pas moins

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CETTE SOPflIA ORGANISE LA MATIÈRE. 125

au-dessus de la matière comme Vidée pure est au-dessus de sa réalisation grossière. La sagesse devient la main droite de Dieu, tandis que le prince du monde matériel qui en est la personnification est sa main gauche * . Il s'appelle Satan ou le diable. Ainsiapparaîtdans la création la grande loi des dualités ^, elle se réalise à tous les degrés de l'existence, mettant toujours le bien avant le mal jusqu'à la formation de l'homme qui est le point de jonction des deux séries et qui inaugure un ordre inverse, car dans le domaine humain, le mal précède toujours le bien ^.

Examinons de plus près de quelle manière le monde a été créé. La Sophia met en œuvre la matière éternelle qui existe virtuellement et qui est comme le corps de Dieu. Cette matière est essentiellement flexible, propre à toutes les transformations, si bien que sous l'action du souffle divin de la Sophia, l'air se change en eau et l'eau en se solidifiant se change en pierre et en terre; les pierres en se heurtant produisent le feu. « Est-ce que Dieu n'a pas changé la verge de Moïse en un serpent, c'est-à-dire en un être animé qui est redevenu ensuite une verge? Cette même verge n'a-t-elle pas changé l'eau du Nil en sang et ce sang en eau? Ainsi en est -il de l'homme; l'esprit insufflé dans la terre en a fait de la chair qui redevient terre de nouveau *. » Les quatre éléments qui sont le sec , l'hu-

» 'ApiJTSpà xou Ocou cuvai;,tç. {HomiL, VU, 2.) « Tbv '/.avova tyj; au^uY'laç. {Ici., II, 18.) 3 Id., II, 16.

» Id., XX, 6.

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