‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 93 sur 387 · VEUT UN MIRACLE PERPETUEL · texte numérisé non relu

VEUT UN MIRACLE PERPETUEL

fondi remplace les brûlantes effusions du don de prophétie, l'organisation ecclésiastique s'élabore et l'Esprit divin transforme et féconde l'activité humaine sans la supprimer. Au siècle suivant, la pénétration de l'élément naturel et surnaturel est plus sensible encore. Les dons surnaturels proprement dits n'ont pas entièrement disparu, les Pères de cette époque parlent encore de miracles et de prophéties, mais c'est l'exception. L'action divine toujours surnaturelle dans son principe, se mêle de plus en plus à l'activité humaine, mais sans briser le ressort des forces libres et par conséquent en étant souvent entravée, ralentie et même parfois étouffée. L'Eglise qui comprend qu'elle n'a pas à dresser une tente d'un jour veut durer et s'accroître; elle s'organise comme toute société qui a souci de son existence. Le possible l'emporte bientôt à ses yeux sur l'idéal , elle est entraînée à des concessions, à des compromis, à des altérations du type primitif. Rien n"est plus légitime que de réagir contre ces altérations, pourvu que ce soit en se soumettant aux lois historiques, et sans se croire dispensé de l'effort patient, sans recourir au prodige et à l'extase qui ne sont plus les conditions religieuses du temps. L'erreur du montanisme n'est donc pas d'avoir protesté contre l'affaiblissement de la sainteté et de la liberté chrétienne dans l'Eglise, mais bien d'avoir exagéré la réaction et de n'avoir admis d'autre type chrétien que celui de la chambre haute de Jérusalem. Il a voulu perpétuer et ressusciter ce qui avait dû être transitoire, et il a pris l'impossible et le chimérique pour l'idéal.

<38 ORIGINES DU MONTANISME.

Les origines du montanisme sont obscures'. Jl est certain qu'il est né vers le milieu du second siècle eu Phrygie au sein d'une population naturellement fanatique et crédule. Son fondateur Montanus ne nous est guère connu que par de vagues renseignements et les calomnies de ses adversaires ^. 11 paraît avoir enseigné la doctrine fondamentale de la secte sur le développement de la révélation par le Paiaclet. Deux femmes ses compatriotes, Maximillaet Priscilla, furent ses acolytes ; on les considérait autour de lui comme les organes choisis du Saint-Esprit^. Eusèbe cite parmi ses adhérents en Asie Mineure Théodotus, Alcibiade,Thémison, Proculus qui joua un rôle important dans les disputes sur la fixation de la Pâque '. 11 est probable que déjà la secte prenait une attitude d'opposition vis-à-^is de l'épiscopat, à en juger par la vivacité de la polémique qui fut engagée contre elle par quelques-uns des évêques d'Asie

* Les sources principales pour l'histoire du montanisme sont: 1° Plnlosop/ioumena,\'Ui, 19. 2° Epiphane^ Contra lixres., XLVIII. 3" Eusèbe, H. E., \ , 16-20. 4° Les trai es montanistes de Tertullien. Paruii les modernes, à part l-^s historiens du dogme déjà cités, nous mentionnerons en première ligne l'excellent chapitre que Ritschl consacre au montanisme {Altcuthol. Kirche, p. 462 etsuiv.). Voir aussi Baur [Der Christ, cler drei erst. Jahrltund...,'^. 264 et suiv.).

^ Eusèbe rapporte ces calomi;ies en les attribuant à un écrivain ecclésiastique dont le nom lui est inconnu. {H. E.,\, 16.^

3 Tertullien nomme Montanus [De jejuniis, 1). Il mentionne aussi avec lui les deux prophétesses phrygiennes : «prophetias Montani, Priscae, Maxiniillse. » (Adv. Prax., 1.) Voir aussi les Pfdlosophoumena : E^repot xpcXrjçOévTSç ÙTîb vuvatwv rjTrarr^vTat, IIp'.7/,'AA'/;; Ttvb; y.at Maç'.- [>.i\'hr,q y.aAou[J.évojv, èv -Tj-y-iq to •::apâ/.A"/;-ov •;:v£j[J!.a '/,tyjjiÇiç/,h%'. XIvsvTSç. (P/»7., VIII, 19.)

* Eusèbe, H. E., V, 16, 18. Tertullien parle avec grand éloge de Proculus : « Proculus noster. virginis senectae et christianae eloquentia dignitas. » [Adv. Valent., 5.)

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