‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 98 sur 387 · DOCTRINE DU PARACLET. U · texte numérisé non relu

DOCTRINE DU PARACLET. U

mariage à cause de la faiblesse de la chair, de la même manière que Moïse avait permis le divorce. « Si Christ a aboli ce que Moïse avait commandé , pourquoi le Paraclet ne défendrait-il pas ce que Paul a permis '? »

En définitive l'Esprit-Saint restaure plus qu'il n'innove ^. Le nouveau développement des révélations n'a-t-il pas été prévu et annoncé par Jésus- Christ? L'économie définitive et glorieuse du Paraclet a bien pu commencer à la Pentecôte, mais elle n'est arrivée à son point culminant qu'a l'apparition de Montanus et des prophétesses de la Phrjgie ; personne ne sait où s'arrêteront ses développements. Il n'était pas possible de porter une plus grave atteinte à l'autorité du christianisme apostolique.

Quand la révélation est considérée non comme une doctrine ou une loi, mais comme un fait, le fait de la rédemption, le témoignage apostolique conserve sa valeur souveraine, unique, incomparable. Le fait ne saurait se modifier, il est ce qu'il est, et les témoins primitifs, choisis de Dieu pour en conserver le souvenir, enrichis des dons nécessaires pour une mission si grande, ne sauraient être ni remplacés ni surpassés. La révélation est donc close dès que la rédemption est accomplie. Il n'en est plus ainsi, quand on la considère essentiellement comme une doctrine et une loi; alors le protocole reste ouvert en quelque sorte, le progrès est toujours possible.

» « Si Christus abstulit quod Moyses praecepit, cur non et Paracletus abstulerit, quod Paulus induisit? » [De monogam., I, 4.)

2 « Ut Paracletutn restitutorern potius sentias disciplinae quam institutorem, » [Id., k.)

Ui L'INSPIRATION EST UNE EXTASE PASSIVE.

Telle était bien la prétention du montanisme et la plupart de ses erreurs ou de ses exagérations tiennent à cette fausse conception de la révélation. En attribuant au Paraclet le pouvoir d'enrichir indéfiniment la révélation, en plaçant l'inspiration continue au-dessus de la révélation écrite, le montanisme autorisait d'avance toutes les rêveries de l'imagination; toutes les fantaisies des esprits malades. Une fois que la prophétie dans l'Eglise ne consistait plus simplement à prévoir tel ou tel événement ou bien à rendre la vérité déjà connue avec une puissance extraordinaire, mais qu'elle devenait encore le pouvoir de modifier ou d'enrichir cette vérité, il n'y avait plus rien de fixe à quoi on pût s'attacher, plus de base solide et inébranlable, plus de roc sur lequel on pût bâtir. La religion n'avait pas le caractère définitif qui appartient à ce qui est absolu. Le péril était d'autant plus grand que l'inspiration qui pouvait tout renouveler était affranchie aussi bien des règles de la raison (jue de l'autorité des saintes Ecritures. Elle était hardiment assimilée à l'extase, et son grand mérite était d'après la secte de réduire l'homme à une passivité complète. « L'extase s'empare de l'inspiré, c'est la force du Saint- Esprit qui produit la prophétie *. » C'est une sorte de démence que Dieu envoie et qui constitue la force spirituelle que nous appelons prophétie. L'âme ne s'appartient plus quand elle prophétise et est en proie au délire; un pouvoir étrange la domine^. Les rêves et les

* « Extasis, Sancti Spiritus vis operalrix prophétise. -) (TertuU., De anima, 11.)

* In spirilu patitur. {Ici., 9).

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