ESSAI DE RESTAURER LE PAGANISME. PLUTARQUE
iscipe premier de leur philosophie, de nobles cœars rencontrèrent qui ne pouvaient accepter ce jugeent séTère porté par Tancien monde sur lui-même. I en rappelaient , et semblables à une troupe d'élite ddans une déroute essaye de rallier Tannée autour A drapeau, ils réagissaient de toutes leurs forces mtre la tendance générale de leur siècle. Ne troumt, dans aucune des écoles philosophiques contemwaines, les éléments d'une restauration religieuse, ils î rattachaient au système qui avait porté le plus haut hdiénisme, à cet idéalisme platonicien, la meilleure lofare du passé. Plutarque est le représentant de cette hsse d'esprits. Il n'a pas laissé après lui une docnxie bien iieuve. Il s'est contenté d'accentuer quelpes-uns des points du platonisme. C'est ainsi qu'il a onaulé le dualisme avec plus de rigueur, et creusé plus irofondément l'abîme entre le Dieu suprême et la créabn. L'influence orientale est très marquée chez lui ; il Mffficipe largement au syncrétisme de son temps. La Mauration religieuse qu'il essaye n'est qu'apparente ; lue fit que préparer les voies au néo-platonisme. On le ^ constamment entraîné par le courant qu'il voudrait emonter. S'il se tourne vers le passé, c'est que l'état stnel du monde ne lui suflSt pas; c'est une manière de ^dre vers l'avenir, et d'ailleurs il porte dans son attaliement au passé toutes les préoccupations, toutes les Hnplications morales et intellectuelles d'un homme e son siècle.
Plutarque cherche d'abord à faire revivre cette anquité dont il voudrait perpétuer le souvenir. Il lui
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élève un moniiment grandiose dans ses Vies des Aon»mes illustres^ son meilleur titre de gloire. Hérodote, qni racontait comme Homère chantait, sans préoccupations philosophiques et sans calcul, avait peint sous ses vraies couleurs Tâge d'or du polythéisme grec. Plutarqne, qui veut à tout prix TidéaUsme, écrit un traité spécial pour infirmer le témoignage du naif historien et il rintitule : De la malignité d'Hérodote. En même temps il combat, non sans amertume, le stoïcisme et répicuréisme, qui étaient ses ennemis naturels. H relève, au contraire, Técole de Pytliagore au delà de toute mesure parce qu'il voit en lui, avec raison, le précurseur du platonisme \ Sous Tempire des mêmes préoccupations, il justifie toutes les institutions religieuses de la Grèce ancienne. U consacre un traité entier aux oracles de la py tbonisse ; il se plaint du raffinement des Grecs blasés , qui les rejettent à cause de leur langage sans élégance. Dans son Traité sur la superstition^ il cherche à conjurer T incrédulité et le fanatisme /les deux extrêmes entre lesquels l'esprit du temps est ballotté. U voudrait ramener ses contemporains à cette foi sereine qui caractérise l'enfance des peuples. Mais on ne refait pas une enfance aux générations sceptiques et vieillies. Plutarque lui-même en est la preuve ; c'est en vain qu'il cherche à glorifier l'ancienne religion. Il sent qu'elle s'en va et il s'en plaint avec une douleur éloquente. Lui-même n'y croit plus , ou du moins il ne l'admet plus sous soa ancienne forme. Il prétend en retrouver les croyances
^ Voir le traité : Ilepl oapyiàifa^iaç
PLDTARQUE. M4
mdamjentales dans toutes les religions , et , dans son ciit^wr I$i$ et Osiris, il essaye d* établir T identité des ijFthes égyptiens et des mythes de la Grèce. On ne ooTait renier pins complètement le yrai génie de Theiboisme. Tantôt il tombe dans des explications purement hysiques , co^mme dans le traité que nous yenons de iter ; Osiris et Bacchus sont à ses yeux la personnificaion de r élément humide dans la nature. Tantôt il s'éièye un idéalisme étranger à Tancienne mythologie, comme buis son admirable écrit sur Tinscription du temple de Delphes.
Si Plutarque échoue dans son œuTre de restauration ,
«Bcon auteur de cette époque ne le surpasse en yiye
perception de cet idéal nouyeau que le monde païen, par
une meryeilleuse coïncidence , entreyoyait au moment
Qlème où il allait être réalisé et surpassé à la fois.
• Gardons-nous, dit Plutarque dans son Traité d'Isis et
d'OHris^ de confondre la diyinité ayec ses manifesta^
tioDs. Ce serait prendre Tancre et les yoiles d''ttn Tais^
Beau pour le pilote qui le conduit * . » Sur le frontispice
d*iin temple de Delphes se trouyait grayé le mot : £7, //
^f Plutarque y yoit le nom yéritaUe de Dieu* « Seul il
Mt; Tétre ne nous appartient pas à nous, ci^atures
^'^ jour, placées entre la naissance et la mort. Au-
^^^t yaudrait retenir l'eau qui fuit que notre fug^tiye
existence. Celui-là seii est réellement qui est éternel \
non engendré et non sujet au changement. » La Divi-
* l*Iutarque, De Isis et Osiris, c. XXXV.
' Ti o3v SvTWç la ëçTt ; %h atSiov xat àY^vtjxov rjoà ipôoïpTOv. ^^ésur rinscription de Delphes, XÏX.
ut PLOTARQUE.
nité ne saurait s*accommoder de la pluralité ; le diyin doit être aniqne en tant qu'il est Funité essentielle*. « Eveillons-nous, ajoute Plutarque; nous ayons; assez rêvé. Ne confondons plus l'œuvre et Touvrier ^ » La question de la justice divine est traitée avec une grande supériorité dans le traité sur le Tardif chéUimaU (les dieux. Le philosophe s'élève presque h la notion chrétienne de l'épreuve. Le châtiment, d'après lai, af presque toujours un but d'amélioration morale. Si les enfants des méchants sont souvent châtiés, si la peine d'un crime pèse souvent sur une race entière, c'est qu'une race est un véritable être moral, qui est tonjours en rapport avec son chef et son principe. Elle n'a pas été seulement amenée à l'existence par Ini; elle est en quelque sorte faite de lui, et c'est lui qni est encore châtié en elle '. Ainsi se trouve abordé, avec une profondeur qui nous étonne^ le grand problène de la solidarité humaine. Dans ce même traité, Plutarque développe en magnifiques images sa foi dans Timmortalité, malheureusement altérée par le vague et l'incohérence de ses croyances sur la vie future. « Dieu, dit-il, développe et cultive une âme immortelle dans des corps mortels et débiles , comme les femmes qui conservent les jardins d'Adonis dans des vases fragiles. » Malheureusement le dualisme traverse toute cette grande philosophie , écho lointain et sublime du platonisme; mais
1 Ou ^àp 'ïwoXXà TO Oetov. Id., XV.
2 'EYSipwjjiev.
5 'ëÇ aÔTOu ^àp, où)Ç ut: auTOU *^éyTnv, De sera numinis vinâida,
PLOTARQUE. ?43
atissi le yif sentiment de la distance qui sèpfare not^e monde actnel de la divinité réveille fortement chez Platarqne le besoin d'une médiation. De là, la de<^ne dès démons ou des divinités intermédiaires destinées à eombler Tabîme entre nous et le dieu très haut. Les démons, diaprés Plutarque, sont pla<îés entre les dieux et les hommes pour établir entre eux nne certaine communauté ^ Cette idée, essentiellement orientale, devait enfanter* plus tard Témanatisme néo-platonicien et le gnosticisme. Elle reposait sur un principe erroné, mais il s'y mêlait une notion vraie, celle >de la nécessité d'une médiation qui rapprochât la terre du ciel. En résumé, Plutarque a recueilli dans son système tous les meilleurs éléments de rhellénisme, toutes ses aspirations, mais aussi toutes ses imperfections.
Nulle philosophie ne pouvait sauver Tancien mondé. La philosophie , dans ses meilleurs représentants , était capable de pressentir la délivrance, et encore d'une manière bien incomplète; mais elle était impuissante pour la lui procurer. Son impuissance était encore plus monde qu'intellectuelle. Elle manquait trop de franchise pour agir sur le monde. Aucun philosophe n'osait dire publiquement le fond de sa pensée. Tous prétendaient avoir une doctrine secrète qn^ils ne confiaient qu'à quelques initiés; mais en public ils s'inclinaient devant les dieux qu'ils niaient en particulier. « Je crois, disait Cicéron, dont nous connaissons la vraie pensée, qu'il faut
* Voir le traité sur le Génie de Socrate.
i44 INCONSÉQUENCES DES PHILOSOPHES DU TEMPS.
respecter ayec scrupule les cérémonies et les cultes publics ' . » Sénèque n'ayait pas hésité à déclarer que les pratiques de la religion populaire deyaient être oIk^ yées par le sage^ non pour se rendre agréable aux dieux, mais pour se conformer aux lois. Saint Augustin flétrit ayec raison une telle conduite. « Cet homme, dit-il, que la [^losopbie ayait affiranchi, sous prétexte qu'il était un illustre sénateur de Rome pratiquait ce qu'il r^ioussait, faisait ce qu'il blâmait et adorait ce qu'il accusait, agissant en acteur non pas sur le théâtre mais dans le temple des dieux; d'autant plus coupable dans sa duplicité qu'elle était prise au sérieux par le peuple, et que, tandis qu'il l'eût amusé sur la scène, il Tégarait et le trompait au pied des autels^. » Mais ce qui était surtout mor tel pour les philosophes du temps, c'était ce reproche de la foule ainsi formulé dans Sénèque : « Vous parlez dans un sens et yous agissez dans un autre : Aliter loquerU, aHter vivis. Vous ne faites pas ce que yous prescriyez'. » Sénèque rapporte les railleries du peuple, qui demandait ironiquement à cet apologiste éloquent de la pauyreté ce qu'il faisait des tonnes d'or entassées dans sa cave. D s'était condamné lui-même, et ayec lui tous les théoriciens de morale qui ne soulèyent que du bout du doigt le fardeau qu'ils youdraient imposer aux autres. « Il faut, disait-il, se choisir un guide que l'on admire dayantage
* «Geeremonias religioncsque publicas sanctissime taendas arbitrer. » (^icéron. De natura Deorum^ I, 2î.
* « Illuslris populi Romani senator, colebat quod reprendebat, ageW qiiod arguebat, quod culpabat, adorabat.» A\ig., Civ. Dei, VI, H.
'^ S(^,n., Vita beat,, 17.
LEUR TIMIDITÉ. !Zri5
à le Toir qu'à ^écolIter^ » La philosophie antique, par ftdiimaiique de franchise et ses inconséquences pratiques, liepeuTait être ce guide secourable. On n'est puissant dans le monde moral que par la sincérité. Toute ruse est ime faiblesse. Les philosophes ayaient bien le sentiment de leur impuissance. « Maintenant que nous sommes seuls, disait Gicéron, il npus est permis d'éviter toute iaine dans la recherche de la yérité'. » L'illustre oratettr d'ayait pas compris, comme saint Panl, ni même comme locrate, que la Térité demande des témoins prêts à tout ouffirir pour elle, et que l'humanité les demande aussi, «tr elle ne se laisse prendre qu'aux conyictions héolTqaes. Tandis que les philosophes romains qui se réuusent en secret pour disserter à leur aise en sont ^cluits à se féliciter de leur solitude, les martyrs, qui *ont d'autre perspective terrestre à offrir que celle des ^ppHces, voient d'ardents disciples se presser autour *^^ux. « n y a un charme dans ces supplices , » disait ^Wullien. Est illecebra in illis. C'était précisément ce ^c^rme austère d'une foi courageuse et indomptable qui ^^Dquait à la philosophie de la décadence. Son impuis- ^^3ice éclate surtout quand elle cherche à consoler les ^^ndes tristesses de la vie humaine. Cicéron et Sénèque ^* essay é le pouvoir de leur doctrine auprès d'amis affli- ^^, plongés dans le deuil. Ils conseillent la résignation t *^ mal irréparable , les distractions de l'étude, l'activité
^ « lEom elige adjntorem qnem magig admireris cum videris quani '^^ audieris. » Ep. LU.
^ « Soli somus; licet verum exquirere sine invidia. » Cicéron. De divi- ^*^ione. II, 18.
246 LA PERIODE DE PBËK>ARATU)N TERàllNEE.
extérieure, en d'autres termes TouMi, qui est une Téritable mort morale. Séoèque ya jusqu'à dire i un am affligé : « Tu as perdu Tobjet de ton affection ; cherchefren un autre \ • C'est en présence de consolateurs pardU que Pline le Jeune s*é(^ait dans on deuil crudL : « Donnez-moi des consolations nouTcUes, grandes et fortes, que je n'aurais jamais entendues ni lues. Tout ce que jai lu et entendu dans ma Tie me revient i la mémoire, mais ma douleur est trop grande ^. »
Mous nous croyons en droit de conclure de tons ces développements que l'humanité en était arrivée au point où Dieu voulait la conduire. Le désir du salut s'était épuré et précisé au travers des évolutions des mythologies, et le monde gréco-romain s'était donné à lutmène une accablante démonstration de son impuissance à le satisfaire. Le besoin de pardon et de réparation n'anit pas abandonné un seul jour l'humanité déchue, comoe le prouvent la multitude des sacrifices et la fumée des holocaustes s'élevant de toute part vers le ciel et y p(H^ tant une invocation confuse à sa miséricorde. Depuis que la notion d'un Dieu saint était apparue à la conscience, ce besoin de pardon et de relèvement avait pris une valeur nouvelle ; il était devenu plus profond et plus pur. Mais le monde antique n'était pas seulement incapable d'y répondre, il ne pouvait même pas conserver un seul moment dans sa pureté cette notion do Dieu unique qu'il semblait avoir conquise définitivement. U était ramené incessamment au dualisme. Quand
* Quem amabis eztulisti^ qusere quem âmes. » Sén., ép. LXITT.
* « Aliqua magna nova solatia. » Pline, Epist., I, ch. XIÏ.
LA PÉRIODE DE PRÉPARATION TERMINl^. 947
PIntarqae déclarait qne toat ici-lms nous présente la combinaison de deux causes opposées, il donnait le' résultat le plus net de la philosophie ancienne ' .
Cette erreur fondamentale empêchait le triomphe complet du spiritualisme chez les meilleurs et entraînait la foule dans le courant du matérialisme. I>e là ce contraste douloureux entre la réalité et les aspirations; de là ces contradictions multiples; de là ces infamies de la yie païenne et ce noble essor de la pensée Ters la cime qu'elle ne peut atteindre; de là aussi ce désir du Dieu inconnu, qui tourmente le monde.
Ce désir sans doute était encore vague et indéter. miné. Bien que répandu partout et dans toutes les classes de la société, il couye au fond des cœurs et sa flamme cachée n*en jaillit que par étincelles. Il ne se manifestera avec puissance qu'après l'apparition de la religion du Christ, car les grandes rénovations religieuses ne s^ bornent pas à satisfaire les besoins supérieurs de Thumanité ; elles commencent par lui en donner conscience. Cest ce qui explique la rapidité des premières conquêtes du christianisme au sein du paganisme. S'il rencontra une opposition égale aux sympathies qui l'aceoeillirent, c'est que la masse était trop profondément corrompue pour ne pas le maudire. Toutefois, cette épouvantable corruption du monde gréco-romain, au moment où allait s'accomplir la plus grande des révolutions de rhistoire, ne nous empêche pas de reconnaître
* 'Axb Suoïv èvavTiwv àpx^v b ^tbç ittXTbç ô te %oc^q. Plut., his et Qsiris, c. V.
24S LA PERIODE DE PREPARATION TJ^MINEB.
qae Ycdnyre de préparation était arriyée précisément alors à sa maturité.
Il y a, en effet, deux humanités dans rhumanité : Tune qui s* oppose aux plans de Dieu, l'autre qui les réalise et s'y soumet, et qui se montre telle qu'il Tondrait voir la race entière. Peu importe la disproportion du nombre entre Tune et l'autre 1 L'élite morale qui suit la Yoie de Dieu et tire des éyénements la leçon qai lui est destinée ne se compose sonyent que d'une infinie minorité. Il n'en est pas moins certain que c'est d'elle que Dieu se préoccupe pour l'accomplissement de ses desseins. Mais le privilège de quelques uns ept dans l'intérêt de tous. C'est dans ces nobles cœurs que sonne l'heure des grandes rénovations.
Pour savoir si le monde était préparé, il y a dix-huit siècles, à recevoir le christianisme, il nous faut regarder plus haut que le peuple cruel et l'aristocratie avilie qui semblent tout oublier sur les gradins du Cirque à Bome. Il faut se demander ce qu'un cœur droit et a^ famé de vérité devait éprouver dans un temps pareil.
Nous trouvons dans un écrit apocryphe du deuxième siècle un court passage qui, par sa simplicité, se disr tingue du caractère général de l'écrit. Il peint avec ,des couleurs si vraies les sentiments qui devaient remplir les âmes sérieuses, que nous n'hésitons pas à le citer. <i Depuis ma première jeunesse, dit Clément, le héros des Clémentines, j'étais travaillé du doute. Je ne sais comment il s'était emparé de mon âme. Quand je serai mort, me disais je, serai-je vraiment anéanti, et personne ne pensera-t-il à moi? Mais autant vaudrait n'être
LA PÉfaODE DE PRÉPARATION TERMINÉE. 219
nais né. Quand le monde a-t-il été créé? Qu^est-ce qui éeéda le monde? Qu'en sera-t-il de lui dans Tavenir? M» pensées me poursuivaient partout pour mon tourent, et quand je voulais m'en débarrasser, le tourent augmentait. Je savais bien qu*il y avait un guide leste pour me conduire à la vérité, et je le cherchais i lieu en lieu. Travaillé de ces pensées depuis ma jeuîBse, je parcourais les écoles des philosophes, et je n'y ûuvais que principes opposés et contradictions. Tanit Fan me prouvait Timmortalité de Tâme, tantôt Tau- « me démontrait qu'elle était mortelle. Ainsi, j'étais iQotté de doctrine en doctrine, plus malheureux que ooais, comme emporté dans un tourbillon d'idées coulures^ et je soupirais du plus profond de mon âme * . » mener l'humanité dans quelques-uns de ses représenints à pousser ce soupir, c'était l'unique but de Dieu ans l'œuvre de préparation. Nous pouvons donc la nisidérer comme achevée pour le monde païen, car insi que nous en avons donné d'abondantes preuves, y avait une merveilleuse correspondance entre l'état énéral des esprits et les aspirations de ces nobles mes.
* « Eoqne magis in profundo pectoris cruciabar. » RecognUiones, c.