‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 105 sur 184 · INSTITUTIONS COMMUNES · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS COMMUNES

ains. jours et de certaines personnes en rkônneuar de la MTinité.

Or, cette idée n'est-elle pas précisément Tidée fon- [amentale du judaïsme? Qu'est-ce que le judaïsme, inpn précisément la mise à part d'une portion de 'humanité pour ofirir, dans un lieu consacré et è^ des ooments déterminés, des sacrifices à la Divinité. Ainsi 1 n'y a rien d'arbitraire ni d'étrange dans les instituiona du peuple élu, puisque nous en retrouvons l'équivalent dans toutes les religions de l'ancien monde. Ce Bont, en définitive, les institutions qui sont compatibles avec l'économie religieuse destinée à accomplir Tœuvre de préparation ; elles sont fondées sur les besoins réels du cœur de F homme dans ces temps intermédiaires entre la chute et la rédemption. Ce mélange de crainte et d'espoir, qui s'est exprimé par le sacerdoce et le sacrifice comme par l'érection des sanctuaires 't la détermination des fêtes religieuses^ résulte de la ^i^ie situation d'une race perdue, mais destinée au sa- ^^i il est produit par Dieu. Il n'est donc pas étonnant ^*U ait accepté ce qu'il avait produit lui-même, et qu'il A donné raison à ces sentiments universels dans la ^Institution religieuse du judaïsme. Cette analogie fon- <^iUentale entre la religion du peuple élu et la donnée ^sentielle des autres religions, bien loin de diminuer ^M^piortance de son rôle, l'agrandit; car cette donnée ^^^ieuse essentielle et universelle est gravement com- ^^oixûse par le paganisme, elle est même souvent tout ^ ^t obscurcie par lui. Le principe des religions de la ^turela transforme radicalement; si elle leur était corn-

IM LE PAGAMdME ALTERE CES iKSTITUTIOMBL

pléCemeat lîTrée, elle serait Mentôt dénaturCe MBttmède. Il est nécessaire qu'elle soit dégagée de ton efei éléments impurs an sein d'un peuple conduit dirertement par Meu.

Considérons, en effet, ce que deriennent» en Orielft comme en Occident, ces quatre grandes institotioai religieuses de l'ancien monde sous rinfluenee per» eietee dn paganisme. L'adoration de la natnre attire le sentiment religieux dans toutes ses manifestalioas. Ije temi^ deyient peu à peu la représentation sfwàKh Nqoe de cette divinité multiple qui comprend le ciel et la terre; il figure l'uniTers. Ainsi le temple égjptiea, par son toit azuré, rappelle le ciel semé d'étofles, et se» colonnes entourées d'ornements Tégétaux semblent porter l'édifice du monde. Les fêtes sont destinées à Kf(urer les principales phases de la Tie de la nature, k- (accession des saisons, la fertilité ou la stérilité, TifÊ — yiouissement de la Tégétation on le deuil de la' terre. lies fêtes d*Atys et d'Adonis ne dépassent pas ce symbcriisme matérialiste. Le sacerdoce n*est pas moins nhbaissé; le prêtre, médiateur entre l'humanité et k nature , n*est bientôt plus qu'un astrologue et un magi- ^teii. La réyélation étant réduite à n'être plas que la manifestation des lois cachées de la nature, le prêtre essaje de surprendre leur secret dans le cours des astres oa dtttift tes entrailles des animaux. Il s'efforce, parla magie, 4è 6'ai9similer les forces mystérieuses de la terre, eCl IMnbe dans un charlatanisme 'honteux dont il est la pre- :ttii%t*e tldpe. Il tire sa dignité, non pas d'une supériofriK ffi^rM)iEilê ou d'un choix manifeste de la divinité, mAÎs/it

LE PAGANISME ALTERE CES [NSTITUTIONS. i6l

rapport physique ayec elle. Ainsi, U caste des prêtres indieDa prétend être sortie de la tét« de Brahma. Le sacrifice change également de caractère ; il ne symbolise plos Toffirande morale, le retoor douloureux et salutaûre «n bien et à Dieu. Ce n*est plus qu'un essai d'apaiser ane puissance aveugle et malfaisante, une tentative d'obtenir sa fayeur en flattant ses goûts présumés, par Timmolation des animaux qui sont supposés avoir avec elle une certaine analogie ' .

La dégradation de ces quatre grandes institutions religieuses est moins frappante en Occident qu'ea Orient, grâce à la supériorité de T humanisme sur le naturalisme. Les temples sont moins considérés en Grèce comme le symbole de l'univers que comme des lieux sacrés, le séjour purifié de la Divinité^. Les fêtes rappellent moins te9 phases de la vie de la nature que celles de la vie des dieux; elles ont le caractère humain et historique de la iP^Ugion hellénique. Souvent elles revêtirent un caractère toiit à fait dramatique. Les sacrifices s'élevèrent, surtout ^ Delphes , jusqu'à l'idée morale ; ils furent considérés Ç<>Qune exerçant une action purifiante ^. Le sacerdoce fut ^ffinuichi des liens étroits de la caste ; il fut plus libre ,

^Voir Rur le caractère de ces institutions palenues, Bahr^ 8i/mkoiik ^* *nosttiachen Cuîtus, 1. 1, p. 97 ; t. Il, p. 2^, 25Î, 547. Le savant et in fl^eux auteur qui signale avec tant de ss^acité les déviations des insti- ^008 religieuses dans les religions de la nature, a le tort, selon nout^ ^ iiaôcQnnsdtre le fond de sentiments vrais qui subsistaient sous cet ama^ ^ ^perstitions grossières^ et qui étaient, au point de départ de ces lubii ^"^^ÏQQB, Bahr^ ne distingue pas non plus assez nettement le paganisme ^^'^tal du paganisme hellénique.

'lHinker,t. HT, p. 58«.

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plus humain et supérieur au sacerdoce oriental, parée qu'il se fonda davantage sur la supériorité personnelle de ceux qui en étaient revêtus * . Toutes les giràves erreurs du paganisme hellénique devaient néanmoins se retrouver dans ses institutions religieuses ; la passion esthétique de la Grèce exerça sur son culte la plus fâcheuse influence ; il devint promptement frivole et extérieur, et plus semblable à un spectacle propre à amuser les yeiix qu'à un rite religieux. Le voile des symboles était tissé d'une si belle pourpre et pâté par ces grands artistes d'ornements si gracieux, que le peuple n'éprouvdt presque jamais le besoin de le soulever et de chercher sous le signe la chose signifiée. Ainsi ni l'Occident nî l'Orient païen ne pouvaient conserver intact ce dépôt des sentiments sacrés de l'humanité, qui la rendent apte au salut. Il était donc nécessaire que Dieu lui-même veillât sur eux et en confiât la garde h une nation préservée par lui de tout contact profane. Transplantés sûr le sol du monothéisme^ ces sentiments et les institutions qui leur correspondent ont eu un développement normal qui a hâté l'achèvement de l'œuvre de préparation.

Les quatre grandes institutions religieuses qui caractérisent la religion pendant l'économie préparatoire se rattachent étroitement, dans le judaïsme, à un fait qoi les précède et qui les contient en germe : c'est TélectioD du peuple d'Israël.

Nous retrouvons dans cette élection le fait général de la prêtrise, accepté du Ciel et recevant une applicatimi

* Voir Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, i. H. — Les Institutions religieuses de la Grèce, p. 32^ 82^ 381.

ÉLEOnON DISRAËL. 263

lus Taste dans la consécration d*une nation mitière à liea. Mais comme le Dieu de V Ancien Testament diffère rofondément des diyinités païennes, Félection d'Israël un caractère spécial. En effet, ce Dieu n'a aucune crâlogie avec la nature divinisée devant laquelle tout Orient se prosterne. Il n'est pas Tune des forces WJL monde organique; il n'est pas non plus, comme rahma, le principe caché et universel du monde, lequel, oxnme un divin lotus, s'est épanoui dans le temps et Ans l'espace. Il est en dehors de la nature, et, par confequent, affranchi de son pouvoir. U l'a produite par ine libre création. U est le Dieu suprême, le Dieu tnique. « Je suis, dit-il, celui qui suis. » Il n'admet toint d'autre Dieu à côté de lui. Et pourtant il ne s'enénne pas dans sa majesté solitaire. Il intervient dans 'histoire de l'humanité : il manifeste sa volonté, il donne leB.lois à son peuple. C'est un père en même temps que e Dieu très haut, un père qui sait unir la sévérité à la M>iité; jamais il ne fait de concession au mal; il n'a pas ft facile indulgence d'une divinité dont on croit acheter * faveur par des présents, mais il n'est pas non plus Jltéré de sang et de larmes comme Moloch. Avec lui lOus sommes sur les sommités du monde moral. Il est ® I^ieu saint, dont les yeux sont trop purs pour voir le ■^^1*. Ainsi le monothéisme judaïque est essentiellement

On connaît l'importance du nom de Jéhovah, très distinct de celui ^^^fiim. Tandis que le second désigne le Dieu dont la puissance éclate *** la nature et ne nous porte pas beauconp au-dessus de la notion ^}^ générale de divinité, le second désigne le Dieu qui se révèle et ^ ^ manifeste dans l'histoire religieuse de Thumanité par une inter- '®ntion personnelle. Jéhovah est le Dieu d*Jsra?l,cir il se fait connaître

2$é LE MOMOTHÉISME DISRAËL.

moral ; dès son premier essor il atteint ces hauteurs que la Grèce, au point le plus éleTé de son déYdo|qpement, n*a &it qu^entrevoir, sans parvenir à s'y nuitttenir et sans même secouer jamais tout à &it le joog du polythéisme. U ne nous est pas possiUe de concevoir comment une pareille notion de la Divinité a po se dégager par des voies naturelles du sein d*une petite tribu sémite dont on dit que, « comparée à la race indo-européenne, elle représente une combinaison inférieure de la nature humaine'. » De tous les mirade» consignés dans les livres de TAncien Testament, le pla» étonnant nous parait toujours le premier mot de 1» Genèse : « Au commencement , Dieu créa le ciel et bfe terre. » Le monde de Tesprit est ainsi conquis dès kr début, et la redoutable fascination du dualisme est^ vaincue. Le problème demeuré insoluble dans les fédor comme dans VAvestay pour TEgypte sacerdotale conmi^ pour la Grèce philosophique, est résolu souverainement^ pour la conscience. Comment douter que cette clarté si pure, qui jaillit au milieu de ces épaisses ténèbres, ne descende directement du ciel ! Il a bien fallu que Dieu dévoilât sa face pour que Tbomme, qui n'avait que difflpures idoles sous les yeux, pût reproduire ses traits augustes comme il Ta fait daus TAncien Testament. Sans révélation, le monothéisme était impossible.

La consécration au Dieu saint implique la sainteté.

à eon peuple comme le Dieu de la révélation (Ex. III, 6). Cette diffi^ renoe des noms de Dieu a donné lieu pour le Peutateuque à Tun de» problèmes de critique qui ont soulevé le plus d'orag^es. * Renan, Histoire des langues sémitique!^ , p. 4.

Là IXM ET LA PROMESSE. 916&

Le rapport avec lui n^est pas ce rapport physique qui était à la base du sacerdoce des religions de la nature. Le peuple élu, qui est une sorte de caste sacerdotale au Biilieu de Thumanité, ne tient pas son priyilége d'une lescendance purement extérieure de la Divinité, comme îs brahmanes de Flnde. Il le tient d'une relation toute lorale; sa dignité exceptionnelle repose sur la saluât é exceptionnelle de ses ancêtres. Un grand acte de A €t d'obéissance explique son élection. Abraham est : père d*une race privilégiée parce qu'U est le père des !^7ants , et le privilège obtenu par la sainteté se courir ^e encore par elle. Israël est le prêtre de Jéhovah urce qu'il lui est uni par le lien sacré de l'amour et de L soumission. Il n'y a pas, dans le judaïsme, de divorce ^txe la dévotion et la vie morale ; la dévotion , ou la l^té normale, c'est la vie morale élevée à la plus haute Eiissance.

Ce n'est pas pourtant que le judaïsme soit présenté ^tDnie la religion par excellence. Quelle que soit sa su- ^iorité sur tous les cultes qui l'entourent, il n'en est ^B moins constitué comme un culte provisoire. Il a con- •i^nce d'être une économie préparatoire et non pas ^^ économie définitive. Il a son but en dehors de lui.

porte en lui une pensée plus grande que lui-même, et ^ gloire est précisément d'être tout entier tourné vers

glorieux avenir qui le dépasse. Une immense espérance '^>erse ses institutions, ses livres sacrés, son histoire. ^ n'est pas seulement son espérance à lui, c'est l'espé^ ^Hce de la terre entière. La bénédiction qui lui a été *^mise n'est autre que la venue du divin réparateur qui

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