‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 131 sur 184 · HYPOTHÈSE DE SALVADOR · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DE SALVADOR

coup d*ignorance pour confondre le Yerbe dn Juif d'Alexandrie avec celui de saint Jean. L'Occident était trop pauvre d'idées morales et trop riche de corruption et d'infamie pour que l'on puisse supposer un instant que la religion nouvelle se soit adressée à lui pour lui faire quelque emprunt. Yraiment, la création du néant est un mystère sans difiBculté comparée à cette création d'un monde nouveau tiré d'un vieux monde expirant. Pour former cette lumière si pure , si radieuse , on aurait eu recours à ce qu'il y avait de plus usé, de plus souillé et de plus ténébreux! Si le christianisme est un amalgame confus, une machine composée de pièces de rapport fabriquées en tout lieu, conmient expliquer cet agencement admirable de toutes ses parties, cette vie qui circule dans tout le corps et qui révèle en lui , non pas un mécanisme artificiel, mais un organisme parfait? Quel creuset assez ardent a pu fusionner des éléments si divers et en faire un si beau métal^ coulé d'un seul jet? Yoilà un miracle qui surpasse*'tous ceux qui scandalisent les inventeurs de la théorie que nous combattons. Quand ils l'auront expliqué, il leur restera à nous dire pourquoi il ne s'est pas renouvelé et pourquoi le néo-platonisme, par exemple, présente un si frappant contraste avec TEvangile.

On a cru simplifier cette hypothèse en reconnaissant que ce n'est pas Jésus-Christ qui a opéré cette fusion entre Thébraïsme et l'orientalisme. Non, il aurait été lui-même le résultat de la fusion, et ce type incomparable serait sorti des alambics de la chimie philosophique^ qui produirait ainsi à son gré les plus grandes

HïPOTHËSE DE S11tAU»Sk H%

révolutions religieuses de rbumaiitté. Yoilà encm^ mi prodige propre à confondre la raison I Quoi ! fine phy^ sionontie morale si caractérisée, un être si parfait et ri hnmain à la fois, aux pieds duquel tant de générations se sont assises pour l'écouter; quoi! cette personne vivante serait un composé des creuses abstractioits de la philosophie ancienne à son déclin. Il en serait dit Christ de TEvangile, de Tami de saint Jean, du Maitfê compatissant qui pleure au tombeau de Lazare, comme de ces Christs du gnosticisme, espèces de fantômes métaphysiques qui errent entre le ciel et la terre , insaisissables et muets, produits hybrides de cerveaux malades, qui ne parviennent jamais à sortir de la région nuageuse des r^ves pour prendre une forme arrêtée. Celui qui ne sent pas que nous avons dans le Christ de TEvangile un type absolument différent de ces pelés créations qui n'ont jamais vécu^ n*a aucun sens de la réalité.

Est-on plus heureux quand on prétend faire sortir le Christ, non plus de la poussière des* écoles philoso^ phiques, mais de l'imagination populaire échauffée et travaillant spontanément à la formation d'une mythologie compliquée? On sait toute la science et tout le talent dépensés par Strauss pour justifier cette hypothèse ^ B'après lui , chacun des faits racontés par les évangiles est comme le résultat d'une habile combinaison de plcH sieurs mythes de l'Ancien Testament. Ainsi les fils m** nombrables qui ont concouru à former «e tissu admkable

*■ Strauss^ Leben Jesu, 4* édit. (Voir aussi la traduction de cet ou^ vragiB par M. Littré.)

de rkistc^e évang^ique se sont rejoints d'ieux^xièmes, sans (jn'une main habile les entrelaçât avec méthode. Llmagination popnlaire, capriciense et mobile d'ordinaire, s'est, ponr la première fois, soumise à un plan profondément conçu, et elle Ta réalisé avec suite et peraéTérance; elle s'est montrée à la fois spontanée et ingénieuse, naïYe et savante ; elle a demandé à tous les livres de rAncien Testament, consultés à la fois, les éléments hétérogènes de cette mosaïque de légendes qui s^appelle TËvangile. Chose plus étrange euicare! il de trouve qu'en définitive cette mythologie^popidatfe, interprétée par un philosophe du dix-neuvième «iède, était d'avance parfaitement d'accord avec son système^ car le Christ symbolisait déjà il y a dix-huit siècles l'ûnmanence de l'absolu dans l'homme. Ainsi, la conscience spontanée d'un peuple fanatique a créé sans le savoir une philosophie transcendante dont personne ne s'est douté jusqu'à aujourd'hui, et les pêcheurs du lac de Génésareth n'ont eu d'autre but que de frayer les voies à un savant professeur de Berlin! Il nous semble que le système de Strauss renferme encore plus de contradictioDS qu'il n'en compte dans les récils évangéliques, et que ce grand ennemi du surnaturel exige de notre part, pour accepter ses théories , une foi plus robuste que celle qui est réclamée pour admettre les plus étonnants prodiges. Il est, du reste, une question préjudicielle trop souvent négligée : c'est celle de l'authenticité des documents. On ne s'en débarrasse pas aussi aisément qu'on pourrait le penser d'abord. Nous la traiterons en son lieu, quand nous considérerons les grands monuments

4e la fit1;ératiire «postoligne. S'il est prmTé^ oomme noms le peBSans, qoe nos •éranglites Temaiitent tous au ]9(renmr .siècle, tmrt» les belles théCNPîes que ncms !^0iioBS d'analyser soEt par là même rèM:ées»

idnsi'doDC, s'il j a, d'après noius, «a rtppovt eirtne ie •chrifflianisme et les religions qui Poat préparé, ce l'ip*port n'^est pas •celai de T^eifet à la canse^ piÉsgif îl a tovs les caradtëves 4'iiiie rel^on entièremeAt fvigiDate 'et tgà'iL indmguie un cyele nouTeav dans Itii^toire. Sa redbtion ayec les suites qui Tout précédé est celle de ki ssCîslactfeD d'on dé^ avec ce désir kii-mèHoiei Qii'est pas étottimat qu'A j ait certaiuea analogies entre f Bvangile et l'économie préparatoire. Ce sent les «lalogies qui e^isleiït en^« le signe et la chose signifiée, entre ronbre et le corps, entre le type et la réalité^ ent«e la prophétie et l^acccHnpliss^menft. Le christkniBmé est, en effet, l'accomidissement de tout ce qni était préfigui^, attendu, désiré dans l'ancien monde. Sa Traie natale ressort de cette définition. Nous apprene»s ainsi à le eonsidérer surtout comme un i&tt, fait inoDaense , qui a ses racines dans un passé ûe quatre lEâlle an» eoame dans le «œur de «chaque homme, et dont le8<M>iiséqiiettees se prolongent aussi loin que Tont les destinées de Vfàmt immortelle.

On méconnaît complètement son ori^aalité quand on Tmt dans l'ETangile une simple ilhistration des vérités morales qne la philosophie ancienne a^ail «OHsenFêes et transmises par ms plus ittnslfsœ repréM»^ tanfs , ou bien quand on le considère coiMEieie éeroidr ehainon dTune tradHion dogmalUpit idniiqné en mÊh-

32i IL REAUSE L£5 ASPOUmONS DE L'AMCSEN MONDE.

staoce soas des formes diTerses dans tontes les religions. L'école déiste et Técole traditionaliste se rejoignent id dans une même erreur. Ces grandes yérités, que Ton a baptisées à tort du nom de religion naturelle, — car depuis la chute il n'y a de religion yraiment naturdle que la religion rédemptrice qui est le retour à la nature normale de Thomme, — toutes ces idées mondes qui surnagent du sein du paganisme, réyèlent, par leurs côtés les plus élcTés, leur propre insuffisance. Elles poussent en effet Thumanité à poursuiiire le bien, le yrai, le beau; elles Fempéchent de se c(msoler de leur perte; elles la troublent au pied des autels des faux dieux.

L'idée du bien appelle sa manifestation; la perception, même incomplète, de Tidéal réclame sa réalisation. Si le christianisme n'était que le plus complet des systèmes « il ne serait que la meilleure des religions préparatoires; il ne serait pas la religion définitire. Cdle-ci est la religion du fait; elle ne se borne plus à entrevoir ridéal, comme le platonisme, ou à le prédire comme le judaïsme ; elle le réalise. Yoilà pourquoi elle est le terme des aspirations de l'ancien monde et inaugure l'ère nouvelle. Si Jésus-Christ n'est que le plus sublime des docteurs ou le plus grand des prophètes, il n'y a pas une différence essentielle entre lui et Socrate ou .Esaïe. Ce qui constitue l'originaUté féconde de son CBUvre , c'est qu'il donne ce que ses précurseurs ont promis ou réclamé, c'est qu'il ne rend plus seulement témoignage à la vérité, mais qu'il est en droit de dire, avec cette calme assonmce si pleine d'autorité morale :

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