L'ORIENT ET L'OCCIDENT ONT DEMANDE LTJNÎON AVEC DBEU
Je mis la vérité. « Per me venitur, ad me pervenitur, in me permanetur M »
Jamais Thumanité , prise dans son ensemble, ne s'est trompée sur la manière de poser le problème religieux. La religion a toujours été à ses yeux, non pas une simple communication d* idées sur la Divinité, mais une tenta* tive grandiose de renouer le lien brisé entre le ciel et la terre, et de former une union effective entre Thomme et Dieu. Cette union a été pressentie et essayée dans tous les cultes de Fancien monde. En Orient, elle se présente sous la forme d^incamations multiples; en Occident, c'est une apothéose. En Orient, c'est la Divinité ^ parait s'abaisser jusqu'à l'homme; en Occident^ c'est l'humanité qui s'élève jusqu'à la Divinité; mais, pas jdus dans l'Inde qu'en Grèce , l'union réelle entre l'homme et Dieu n'est réalisée. Dans l'Inde, l'incarnation est illusoire; elle n'est, pour employer l'expressioù des Poura'MLs^ qu'une espèce de masque dont la Divinité secourable se revêt, « comme un acteur qui prend un costume pour jouer un rôle. » Au fond , l'incantation , par sa répétition même , est la preuve la plus éclatante du mépris que cette religion panthéiste et ascétique professe pour la personnalité humaine, qui n'est, à ses yeux, qu'une forme changeante de l'être absolu^ Brahma ou Yischnou ont seuls une existence réelle ; leur adorateur aspire à se perdre en eux et à anéantir pour jamais l'élément humain. En Grèce, c'estl'élément divin qui est compromis; l'humanité est proclama divme
< Saint Augrostin^ ht 3okemmem, XU. ^
3Î6 BESOIN DtTNR RÉFttATiOM.
dans San élat natOFel; si die est adorée émis sa granr deur, elle Test aussi dans ses passions et ses faiblesses. £e dieu ëfymÈipkm n'est qa'mï hérm mà& sur Tantel. Ainsi le proUèae religienx. ei^ Inea loin iètte résdhi. On it essayé de le simplifies en ramenai à nne tmiÈé jEftetîee, em supprimant tantdt ma edté di¥in, tanMi son câté humain. Jtens Tlnde il n'j a fàus qn'nne SriiTinitéimmense^ décorant le monde qn'ette piodiât et détndt à la fois. En Grèce , il n'y a phis qn^une hnmanilé orgueiUeose , essaya&t de tromper ses la^asoin^^ infeûs en s'adovant eUe-mémie et jietanti s«ur ses m^rflt^pes k "mUe d'un polythéisme gracieux. Touflefoiâ^ malgsé ees impeFfectioo& radicaks^ les reUgions de. VOiimtj coBune ceUes de FOccident ^ réclament L' unionr ée kt Di^iqijbé avec Thmaarnité , même dânâ lairs mytiKS les plus gffossiefs. On dirait xm rêve incohérent^ mais^ (pii, dans son incohérence , raji^bène toujouirs une même pensée et véyèle; ainsi la préocenpatioft dominafitte du malade.
Cepaidant nous n'ayons pas tout dit sur les aspivaitiofts de Fancien monde est rappelant seo désir per- Hmnent de fendev utne naiio» efifectÎTe. entre rhumanibè et la Zkrvinité. H a en aussi le sentimenit que cette union n'était possible que par une rèparaition. Malgré sa eorruptioa, malgré la Êiussetè des solntions qu'il a données de la formidable qisestion de Toirigine du mai, malgré sn tendhace à j Toir une loi nécessaire de réfere fini,- il n'eo^a pas moèns été tourmenté du besoin de Feffacer ou de Fexpier. Les erreurs de sa métaphysique, les égarements coupables do sa pratique no i'ont pas
C£S ASnRATH)NS PURIFIÉES I>AM» m XmAÏSHE. 9»
empêché de rendre témoignage, par ses instHtttifms* religieuses les pins caractéristiques, aux immortelles vérîtés^gnivées dans la conscience humaine. L'idée d'une impureté native qui éloigne Thomme de la INvinité et s^Of^pose à ce qu'il communique avec eHe , Mbrement et sans intermédiaires, est à k base de tous les cultes, et, l»en qu*altérée et faussée à plusieurs égards , eHe s*en dégage avec force par intervalles, comme une flamme qui jaiUit d'un foyer couvert de cendi'es. Union effective avec la Divinité , réconciliation avec elle par te moyen d*ane réparation, voilà bien le fond des croyaiices et des adorations de l'ancien mende. nous le retrouvons*, dans la philosophie platonicienne, agrandi et épuré-, omis cmcore mélangé d'éléments hétérogènes.
C'est en Judée que ce fond de croyances et d'aspirations est complètement mis à l'abri d'influences oontipK triées. Il est enrichi par Dieu lui-mlême et se développe dans une succession de révélations positives. Le judaïsme est tout d^abord une énergique réaction contre les relf^ gions dé lanatore; il creuse profondément Tablme efiftra la créature et le Créateur par son monothéisme rigide. H révèle avanttoute chose la sainteté redoutable de Jéhc^ vah, et il fiât ressortir, par le contraste, la corruptira de l'homme; il la peint en traits de fou ; il lui fait cen^ prendre que la réconciliation ne peut avoir lieu sans un grand acte de réparation ^ II répand ainsi la lumière surte côté qui était resté dans l'ombre au sein du paganisme. Ce n'est pas toutefois que l'idée de l'union avec là Divinité lui soit étrangère. Mais, au point de vue judaïque , cette union ne peut être immédiate et directe.
s 28 LA PERSONNE ET LŒUVRE DU R£I»;iffTEUR.
Une médiation est nécessaire , et cette médiation sera Tœnyre da Messie. Cette espérance s*éclaire de clartés de pins en pins vives , et quand bien même les prophéties, même les plus magnifiques, sont dépassées par Tévénement qui les accomplit, elles ne Tout pas moins fait pressentir dans ce qu'il a d'essentiel. Un Sauyeor Tenu du ciel, accomplissant l'œuvre de réparation dans la soufirance et la mort, tel est bien l'espoir de la race perdue, sous sa forme divine et inspirée * .
C'est cet espoir que le divin Rédempteur a réalisé. Il a uni dans sa personne l'humanité et la Divinité, nonseulement dans un sens moral mais dans un sens absolu, par l'incarnation. Le Yerbe est devenu chair. Le Fils unique du Père, celui qui par sa parole a créé le monde, est devenu semblable à l'un de nous, excepté le péché, n s'est abaissé jusque dans notre poussière; il a revêtu notre nature. Il a été le Fils de l'Homme et le Fils de Dieu^ r Homme-Dieu, et par là même l'homme par excellence, l'homme idéal, car la destinée d'un être créé à l'image de Dieu et appelé à s'unir étroitement à lui n'est vraiment consommée qu'en Dieu. Cette gloire accordée à l'humanité, tout extraordinaire qu'elle fut, n'en était pas moins l'objet de son universelle aspiration , et c'est la dégrader que de l'en déclarer incapable.
Nous n'entrons pas ici dans toutes les subtilités métaphysiques que le cours du temps et les disputes des écoles ont accumulées sur la personne du Christ. Nous ne relevons ni ne discutons toutes les distinctions sco-
^EsaîelX, 5; LUI, 8.
LA PERSONNE ET L'OEUVRE DU REDEMPTEUR. ai9
lastiques sur les deux natures , sur leur rapport et sur leur pénétration. Nous nous bornons à ces déclarations simples et grandes de TEcriture : « Le Verbe a été fait chair. — En lui toute la plénitude delà Divinité a habité corporellement. » L'humble chrétien , qui , se fondant sur ses promesses et recevant tous les jours les gages précieux do leur accomplissement, s'attache à lui comme le sarment au cep , se nourrit de sa substance et reçoit de lui la sève, la vie, la flamme du cœur, a en lui-même une invincible démonstration de la divinité du Christ. n reconnaît cette divinité sous le vofle d'humiliation dont elle s'est volontairement couverte sur la terre. Cet abaissement du Sauveur répond à ce profond besoin de réparation qui tourmente la conscience. Il lui apprend que Jésus-Christ n'est pas venu seulement lui apporter un témoignage éclatant de l'amour divin , mais encore qu'il a voulu entrer dans la communion des soufGrances de l'humanité y afin de la représenter devant Dieu et d'offrir en son nom le sacrifice réparateur. Il n'est pas possible, en effet, que la race déchue et coupable rentre dans ses privilèges le front levé , l'orgueil et la révolte dans le cœur. L'amour de Dieu , tout grand qu'il soit, ne saurait sauver un être qui n'y répond pas et qui même le repousse avec dédain. N'oublions pas que l'amour est un autre nom de la sainteté, puisqu'il nous * présente le bien sous sa forme la plus élevée. Il est à la fois la bénédiction suprême et la loi par excellence. Il réclame la réciprocité; aussi longtemps qu'elle lui est refusée, il ne peut exercer son influence bienfaisante. Les cceurs qu'il n'a pu ni réchauffer ni féconder sont