MARTYRE D'ETIENNE
contenue déborde de son eœur, et il résume tont s<hi discours par cette foudroyante apostrophe : « Gens de col roide et incirconcis de cœur et d'oreilles, tous tous opposez toujours au Saint-Esprit, vous êtes tels que yos pères ' » Tel est ce discours si simple et si beau ; il renferme sous une forme historique les idées les plus grandes et les plus neuves^ et réyèle un dévéloppenient important de la pensée chrétienne ^. Chose remai^ quable ! ce déyeloppement est dû à un homme qui n'est pas apôtre et qui apparaît à ce moment supérieur aux douze apôtresl Nous avons dans ce fait une preuve iitéeusable que Ton ne saurait à bon droit invoquer en leur faveur une sorte de monopole de révélation !
Tiolemment interrompu par la fureur de ses auditeur», Etienne est traîné hors de l'assemblée. La colère des Juifs est si violente que toutes les fermes de la justice sont mises de côté ; il est lapidé sans jugement dans une émeute. On connaît sa mort sublime'. Son visage s'ittu^ mine d'une clarté céleste. C'est le plus pur éclat de la charité. Une vision de gloire lui est acccNrdée; it meurt en pardonnant à ses bourreaux. Sa dernière prière
» Actes VIÏ, 51.
» Le discoars d'Etâenne dénote une grande liberté dans la manière dont iX cite l'Ancien Testament. Ainsi^au v. 14, il dit que la famille de Jesep^ était de 75 personnes, tandis que, d'après Genèse XLVII, 27, elle n'en comptait que 70. An y. 1B, il dit qn'Abraham avait acheté à prix d'ar- ^nt le sépulcre do Sichem. Mais» d'après la Genèse, c'est Jacob qui fit cette acquisition (^n. XXXni,19). Voir sur le discours d'Etienne une belle paraphrase dans Tiersch, ouvr. cité, p. 85. Le point de Tue typique y est exagéré..
< Oii là place yen Yan 36, époque dé h dépofdtion de Pilate. On cômpreadsait mieux ce meurtre iNNidant ui^ tev^ d'intérim» nais évitent' ment un emportement soudain ne s'arrête guère à des scrupules de lérdHé.
390 MARTYRE D'ÉTJENNE.
s'adresse directement à Jésus-Christ, «t il rend ainsi tënmgnage à sa divinité par ce suprême kemmage; il cenrvenait que e^te grande vérité fût procbméé par k j^emier des martyrs, et par Thomme qoi avait^le mieiix eempris la supériorité delà nouvelle alliance sur VsDr dienne* Le christiimisme, en effet, s'élève aurdessus-dn jodaisme dans la mesure où la divinité de Jésus-Christ est reconnue. Un grand deuil fut mené sur Etienne. iies hommes pieux qui Fensevelirent avec ua tendre respeet obéissaient à Tun des sentiments les plus légitimes du cœur humain. Ils ne savaient pas que ee sentiment esagéré plus tard dans son expression devait donner naissance à de déplorables superstitions, et se tradmre en définitive par Fadorafion; du corps des mart]m.
La mort d'Etienne, comme ceUe de tous les coafesseurs, apposait à son témoignage un sceau vraiment saoré et en doublait la puissance. Elle ne servait pas seulement le christianisme d'une manière générale, mais elle devait tourner au profit de la vérité spéciale pour laquelle il avait versé son sang. Sa cause était une cause gagnée. La grande pensée qui avait enflammé son zèle allait être recueillie par un homme encore rangé parmi les ennemis de rEglièe, mais que Dieu destinait à abattre de sa main puissante la barrière entre le judaïsme et le monde païen. C'était ce jeune homme que l'écrivain sacré nous montre gardant les habits des meurtriers d'Etienne. Saul de Tarse entendit son discours avec ht ocrfère d'un pharisien^ convaincu ; mais au travers de sa colère, Dieu fit pénétrer dans son cœur
SÂUL DE TABm TÉMOIN fifi CB Ji>IÂRTYRE. 3M
Tun de ces aiguillons auxquels il ne put longtemps résister. Le sosTenir 4e ce jour ne s'«&ea f>kis de sa mémoire. Le redoublement <le ses fureurs lé vèMe trouble de son àme. Nous nous en convaincrons plus tard quafid sous retroceroos lliistmfei de sa conTersion. « Si Etiauie A*avait pas prié, dit admiraUement saint Attgé»-' tin, FEglise ii*eàt pas e« saint Paid * . »
La persécntion dent Sanl de Tarse fot rinstigateifir est un indice éa revirement opéré 4ans les éispositionÉr des pharisiens à Tégard de TEglise. Celte secte, d'aboré favoraUemefit disposée, s'éttMt effitcée dans' la première persécution ; anjourd'hui elle prend T initiative des me*^' sures violentes, et elle surpasse bientôt eô eraanté les saddncéens. En effet, les partis religieux qui mettent' leurs crimes sur le compte de Dieu et prétendent venger la canse du ciel sont les plus dangereux de tons, parce qn^fls né se croient tenns à aucnne modéfiolîeii dansienrs emportements. Le premier résnltat de cette seconde persécution fut la disper^on des chrétiens. Bé^' devaient recevoir plus d^un enseignaient de cet eiiK De saâutaires expériences allaient confii^er la pté^*cation d'Etienne, et les succès remportés par l'B^iisé' snr une terre étrangère detaiént T^ever an-dessns dé rexclnsisme jndaîqne.
* « Si Steptianiis naa orasset, Ecçlesia Pajolom non habereL » (S. iaigast^,^ Sermo XGIV.)
392 PHILIH^E A SAMARS.
5 n. — La dispersion des chrétiens. L'Évangile dans h Samarie. Simon le Magicien. Philippe et Veunuque.
La persécution, en disparsant les chrétieng, étendit^ la fois le champ de leur activité missionnaire et la sphère de leurs idées. Us aUaiait rencontrer pour la première lois le paganisme , ce paganisme éclectique d*alors qui unissait dans ses vagues croyances TOrient à TOccident. Ce nouvel adversaire les attendait dans une Tille de la Samarie, où quelques^ins d'entre eux avaient porté leurs pas. Ce n'est pas que la Samarie f&t positivement un pays païen. Ses habitants étaient issus de cette population mêlée, formée des débris des dix tribus et d'une colonie d'étrangers transplantés par Tordre de Salmanasar ^ Quand les Juifis revinrent de Babyione, les Samaritains essayèrent de prendre part à la reconstruction du temple ^. Ils furent repoussés avec indignation. Bs se décidèrent alors à élever un temple à Jéhovah sur la montagne de Garizim ^. Les Samaritains subirent, comme les Juifs, le contre-coup des révolutions de T Asie Mineure. Leur temple fut détruit par Jean Hyrcan \ mais la montagne de Garizim n'en demeura pas moins un lieu saint pour eux ^. Ils tombèrent en définitive sous la domination romaine, et passèrent par les mêmes fluctuations politiques que leurs voisins. Plusieurs causes entretenaient la haine entre les deux peuples. D'abord
» 2 Rois XVn, 24. Josèphe, Ântiq,, liv. XI, c. >tii, 6. — « Esdras W,\. — ' Josèphe, Anliq. XII, c. i, 1. — * Josèphe, iln/t^. XUI, en. — * Joseph:*, Ântiq, XIII, c. xiv, 1.
HAINE DES JUIFS CONTRE LES SAMARiTAINS. 393
les Samaritains déclinaient tonte comiannanté d'origine avec les Jnifs, dès qn'ils y trouyaient leur intérêt. ^ Les Samaritains, dit Thistorien Josèphe, renient lenr origine hébraJkqne, quand les Juifs sont dans la calamité ; mais dès qu'ils voient quelque prospérité leur survenir, ils s'empressent d'invoquer la communauté d'origine par Joseph et Manassé \ » On comprend quel levain d'amertume une telle conduite devait déposer dans le cœur des Jui£sk Geux-ci ne pouvaient oublier que pour acheter la faveur d'Antiochus Epiphane dans un danger pressant, les Samaritains avaient déclcuré que leur temple était dé<fié aux divinités de la Grèce, et qu'eux-mêmes pratiquaient les coutumes grecques ^. Us étaient pourtant draieurés fidèles au monothéisme. Gomme la grande période prophétique avait commencé précisément au moment où ils s'étaient séparés des Juifs; ils étaient demeurés totalement étrangers à tout ce magnifique développement de l'ancienne alliance. Ils n'admettaient que le Pentateuque et^ à l'exception d'une petite mkiorité, niaient la résurrection des morts, '. Il parait aussi, d'après Epiphane, que le mysticisme essénien comptait parmi eux quelques adhérents *. Les Samaritains avaient adopté dans une certaine mesure l'espérance duMe3sie ^. Mais cette espérance était encore plus entachée de maté-
'IçuSafouç ipvouvrat ouffs^^u^ Ix^iv. Josèphe, ^n^iigf,,liv. XI,c. VI. « ToTç èXXKîvaoTç lôeaiv atpouvrat, xpi«)iuvoi Ç^v. Josèphe, Antiq,,
Ifv. in, c. V, 5.
> « Propfaetis non credunt Samarits, resarrectionem mortaorum negant » {Orig., In Numéros, Homélie XXV, 1.)
« Epiphaa., Bmrès., % t«. «- ^ Jean IV, «8.