‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 151 sur 184 · LES PROPHÈTES DE L*ÉGLISE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

LES PROPHÈTES DE L*ÉGLISE PRIMITIVE

mais simplement un ministère conforme à T esprit de la nouvelle affîanee. Elle obéissait sans doate à Tinspirabtion cpsà la guidait, mais nulle intervention directe de Dieu n'était nécessaire comme s'iè se fut agi d'un nooveau sacerdoce. Il est hors de doute <pe, comme les diacres , les anciens ont été élus par rassemblée entière. Leur rôle 7 (kns TEglise de Jérusalem, ne peut être exactem^it défini; ils forment son conseil; ils la dixr* gent sans kt contraindre ; ils lisent et expliquent l'Ecriture dans les moments où aucun don extraordinaire ne se manifeste ^ Nous verrons dans la seconde période de l'âge apostolique leurs fonctions devenir plus imp<»taiites. €'est alors aussi que la question de l'identité de l'évéque et de l'ancien se posera pour nous. A Jérusalem^ comme dans toutes les Eglises d'origine juive, on a'a connu que des anciens; le nom d'évéque n'apparaît que dami les Eglises d'origine grecque.

A côlé des anciens nous voyons des prophètes. Le don de prophétie se signalait par nn caractère plus soudain et plus puissant dans l'action du Saintr Esprit. Les prophètes de l'Eglise primitive n'étaient pas seulement appelés à communiquer à l'Eglise des révélations sur l'avenir telles que celle qui est mise dans la bouche d'Agabus*. SemblaMes aux prophètes de T Ancien Testament ils s'adressaient aussi au cœur et à ia coïKMïienee de leurs auditeurs i le caractère prnpbif^tiqMr se manifetfaH? ^es eux par Tefficace extraordinaire de leur parole. Bamabas, mis au nombre des prophètes^,

» Actes, XI, »8.

416 BiARTYRE DE JACQUES, FILS DE ZÉBEDËE;,

ayait été surnoiamé le Fils de la consolation ou le, Conso^ latenr. Ainsi des discours édifiants et consolants passaient pour des prophéties quand ils étaientaccompagné» d*une force particulière * .

Peu de temps après le retour de Pierre à Jârusalem^ la persécution y éclata de nouveau, provoquée cette fois non plus par les prêtres ou les docteurs mais parle roi Hérode Agrippa ; elle fut employée par lui comme un moyeu de popularité. Ce prince était arrivé à réunir sous sou sceptre tous les pays qu'avait régis son oncle Hérode le Grand. Parvenu au trône par la flatterie, il s*y maintenait par le même moyen en caressant servilement les préjugés populaires. Le temps n'était plus où TEglise était agréable à tout le peuple ; la persécution commençait à dcYOnir populaire; elle devait avoir ce caractère pendant trois siècles, car rien n'est plus odieux à la masse des hommes que la loi de la sainteté, du jour oà ils ont compris ses exigences. Jacques, fils de Zébédée, fut décapité par ordre du roi^. C'est le premier apôtre martyr; il ne fut pas remplacé. Eusèbe rapporte, d'après Clément d'Alexandrie, un trait touchant de sa mort, que nous n'avons aucun motif de révoquer en doute. Le faux témoin qui avait déposé contre Jacques, fut touché à la vue du courage et de la constance de l'apôtre ; il se déclara chrétien et fut frapp<^ de la même condamnation. Comme il était conduit au supplice avec Jacques, il lui demanda de lui pardonner. L'apôtre, après l'avoir considéré quelques instants, lui

1 Néander, Pflanz., p. 59. — » Actes, XII^ 2

EMPRIS0NIŒiynEMT JDa SAINT PfERIŒ. MORT 1)1^^ 44.7

dît en Tanbrassant : « Que la paix soit airee toi! » ffm Vxmetïetntre périrent pat lef^veS -çv

Hérode désirait frapper Fapôlre tpi a^ait «Bx^oat:û^ tiré sur lui Tattention du peuple, ^ par ih même xér^&Sié le phis de haine. Il fit jeter Pierre .en prison et décida son suppliée prochain. Les cUsciples alarmés ^e^rénuirent dans la maisoii de Marie, mère de Marc, pour implorer le^coiurs de Dieu dans, cette crise, redoutable. Sons la menace du coup territile q^ semklfdt deyoir renverser Tune des eolonnes de TEglise, ils font monter yers le çiél d'ardentes prières. Tout k coiq) Pierre lui-même, miraculeusement déUiFré*,. vient heurter 4 It porte, de la maison et leur apprencU^e la toute^puissanoe de la prière dcmt ils doutaient encore, comme le pr<HiTe leur étonnement incrédule. Bi^atôt après, Hérode mour r«tit,:^appé par la justice de Dieu. Il s'était rendu à €éiarée, pour régler quelques différe)a4s avec les habitants de Tyr et de Sidon , et pour célébrer des jeux en rhonneur de la guérison de Glando;- il y fut T^bjet du plus vif enthousiasme. S'étant^.montré le second jour des jeux revêtu d'une tunique d'argent sur laquelle les premiers rayons du matin jetaient une ardente clarté, il excita l'admiration universeUe, et ses flatteurs poussèrent l'adulation jusqu'à l'appeler .<ïieu. Au même instant il fut saisi d*une horribie maladie : il môiâmt rongé des ver3 en s'éc|dlant : « Moi, le diea, je yi^ bientét perdre la vie. Celui que vous avez procMmé

Eusèbe, HUt. ecc, II, 9.

fis vamKE 5rALLA pas a boue a CETIB ÉMtOK.

HMiirtBl egt ééjk bmfpé pag la meH *. • Cet évéïie- Buent produisit une ^tnv-iBprtMMNi dniK.F8|^KM^ qn 7 nsc^HHMf McrTC9iiÉii»dBectréfr Bi^ «C chMf er iw ad^nsaKK

]Vflpr«»lto traditim, sairt Piai« avait avHRiM appis sa déKmnwe^ et ragMUioB amdcvAe par ÊÊ fftééÊHsMow av aein dé kt oolu06 JMhr^" aiuail pio^ teqné tê» niMfiref séyères pmes^ par Chode eontie In Anfe*. flhis lapréaence de Rerre affeniicJfe deMniaatrai, qui eut Miev tfëa- pen de temps api'èi^, dénient eeCle asifeftiou. V oontiBm pfoMhfteneartr à enaeigaer FEvaiigBe dam It» yuste» emïîvff&ê de FAsie Hmenre, eër aeo- iaflucnee deMfRUi'ar ai gwinde dwa ki péiîsde soiiffiMe. Eea défenaeora d^ la? bîémtAie aSfm^rt qaV prtf9 I» persécQfioii ët1Êén)é& Agrippa», tas apMRS 9e parfagèfêiiC le monde et tirèrent a« sort tenr dumip de fratttff'. JNreqa^oà' ne pousse pas le désir dé peiiidia^k passé ayee les eoeleurs do présent et de snlistitaer à h spiritnalité des premiers temps le oaractère ofieiel et le mécnnisme de Ta hiérarchie! Il n*est pas possible de

c vin^ %é ioièphe rapporte qa'Hérode, aa moment où il étaài acclamé dieU; aperçut un chat-huant^ et qu'il y yit un messager de malheur.

« Von Ti<;rsch> o«vr. cité, p, 97. BaroDia8> AnnalEs î, ft73. Lenain de TiUemont (I, p. 70) place le voyage de l'apôtre à Rome avant sou emprisonnement; mais alors comment s'expliquer le silence des Actes? Le témoignage éeé Pèfes sur ce point manque absolument de précision. Eusèbe {II, 14, 15), pour étaUir le séjour de Pierfe à ftome au teinps de Claude, s'appuie sur la tradition démontrée fausse de sa lutte avec Simon le Magicien. Le Liber pontificalis déclare explicitement qu*il ne vint pas à Rome sous Claude. « Hic Petrus ingressus in urbem Romam sub Nerone UttKùns.- w iUberpanUficaii^^p, 1%.)

' Léo, Sermo I. Baronius, Annales, I, 273.

BO» DE JAGQUK^ FRÈEEE J>U SEIGNESIBt. 44 9

dénafafer dbirftBtige les fûts. L'qf^inioii qui attribue aux IstpAtres, à la mène éfneque, la rédaction ém^wbtAe BÛB sons leur nom n'a pa& plus de fondemeiKt. Ou était eoco!^ trop près de la Pentecôte pour rédiger nue rèf^ de foi.

CTest eu obéissant aux mêmes préoccnpatîons et eu transportant les iustitations dn trdâûème sièele de TEgiise dans le'prttBier^ que Fou a iFOidu Yoir la^çcmstito- ^m de Fépiscopat dans la prééminence toute monde dont lacques^, le frère du Seigneur, a joui au sein de FEg^ise de iémsalem. Ken cependant n'est plus i^dfe à comprendre^ Sa parenté aTec Jéaus^hrist ayait uu prix infini aux yeux des premiers durétiens, quine.se erojsient pas oUigés de refouler les sentiments naturels et indestructibles du cœur humain. Le caractère de

< La question de savoir â JaeqaeR, frère du Seigneur^ est autre que Jafiqoes^âlsd'Alphée^rundes douze apôtres^est l*un des points les plus contestés de la théologie. On s'appuie, pour assimiler Jacques, frèi^ Ûû Sei- .gneiir, à Jaeqnes, fils d'AlpIiée, sur ce que fld dernier ^tant éridemmeiit parent de Jésus-Christ par sa mère (Jean XIX, 25), le nom de frère aurait pu lui être donné par extension du terme. On inrvoque aussi tilallttes 1, 19, où Jacqii«u frèie du Seigneur, est mis au rang des apôtrai. Mais ces raisons nous paraissent faibles. C'est évidemment un intérêt dogmatique qui a poussé à détourner le mot û'Siekt^àç de son sens naturel. Quant à la désignaticMi û*apâtre {appliquée par saint Paul 4 Jacques, il n'y a là aucune difBculté une fois que Ton admet l'élargissement gi^uiEfl des notions sur l'apostolat. La plus ismôenne traditi<m -dans r£glise est dans le sens de notre opinion ; elle présente Jacques comme le propre frère du Seigneur. Eusèbe (Hist. ecc.,IT, 28) est ausâ explidte que possible sur ce point. Jacques, dans son épitre, ne se donne aucnae qualification apostolique. Jean déclare que les frères du Seigneur n'avaient pas cru en lui à un moment où déjà Jacques, fils d'Alphée^ était au rang des apôtres (Jean VIT, 5). Enfin dans Actes I, 13, 14^ les frères du Seigneur sont positivement désignés à cdté des apôtres, et par conséquent distingués d'eux (voir Winer^ Reaiwoerterbueh, vol. I, p. 217).

420 ROLE DE JACQUES, FRÉaSÛE DU SEfêmiB.

Jacqaes, sa piété, k forme même qa'dle aYak.reyètiie, tant oontiribuait à grandir son influence à Jémsalem. Profondément attaché à la religion de ses pères, il nV Tait pas Yu sans effiroi les premières luttes entre Jésas- Ghrist et les représentants de Tancien cidte. Il n'avait été éclairé que par degrés; la résurrection dn SauTeur parait ayoir triomphé de ses dernières résistances ; mais ces résistances ne tenaient pas à T orgueil ou à la réTolte, c'étaient les scrupules d*une piété vive mais non édairée, qui s'épouvantait de tout changement apporté dans r<^dre établi de Dieu. Le témoignage d'un ancien historien de l'EgUse sur Jacques nous fera comprendre son rôle. « Jacques, frère du Seigneur, lisons-nous dans Eusèbe citant Hégésippe * , surnommé partout le Juste, partagea avec les apôtres la direction de TEglise. H était saint depuis le ventre de sa mère. Il ne buvait ni vin ni cervoise et s'abstenait de toute viande... Seul il pouvait entrer dans le sanctuaire ^. Ses vêtements n'étaient que de lin. Il avait la coutume d'entrer dans le temple seul. On Fy trouvait prosterné et demandant grâce pour les péchés du peuple. Ses genoux étaient usés comme ceux d'un chameau à force de se plier devant Dieu pour intercéder en faveur du peuple. L'excellence de sa justice l'avait fait surnommer le Juste, YOblias ', ce qui signifie le rempart du peuple et sa justice. >> Ceux qui prétendent que le christianisme, à ses origines, ne se distinguait pas

1 A'.ao£)^£Ta'. TT^v £7.7.7xr^7iav. Eusèbe, Hist. eccl., II, 23. > TcuTù) [iivo) £?y5v £?Ç Ta X^\OL £lCX£Va'.. Id. 3 Aià TYjv uT:£pêoXYîv TYJç 8ixaio(juvy;ç ayTCu èy.aXeÏTO A(y,aic; xal 'Q6X'.a;. Eusèbe, Hist, eccl., II, 23.

ROi£ I>E JAGQtES, FI^SRE BU aSfôlffim. 4S4

du ludafame, tirent un gnmd paUrti de ce passage ^ Os ooblient qa'Hégé^ppe déroule sous nos yeux toutela Tie de Jacques, depuis son enfance jusqu'à sa mort. Çoiisa>^ cré au Nazaréat dès ses jeunes années, il en suiTit la pratique aTec un soin scrupuleux. Mais rien dans le Fééft d*Hégésippe n'empêche d'admettre qu'il ait usé d'me liberté plus grande depuis sa conTersîon, quoiqu'il ait eontinué à pratiquer les obsenrances légries avec toute l-Eglise d'origine hébrafque. Sa conduite au concile de JértMaieâd et son épltre prouvent surabondamntènt qile chez M le chrétien ne fut pas en tout poittt sembbcbk au nazaréen. U est certain néanmoini^ qu'il resta attadié de ccefur au judaïsme, et que la religion nouteHe fot ayant tout à ses yeux un accomplissement de la pro^ phétie. Son patriotisme était en opposition directe aTec le pharisaïsiiie orgueilleux de son tetnps, car il se rérélait surtout par ses ardentes prières pour Jérusalem et ses larmes sur les péchés de son peuple. Nul n'était plus ennemi que lui du faux judaïsme. C'était rat yéritublé enfant d'Abraham, un de ceux qui soupiraient apl^ës le diyin Isaac. Nul n'a prêché la repentance avec plus de force que lui. Jacques était en quelque sorte le Jean-Baptiste de l'Age apostolique, un nouTeau préctirsetir qtd frayait les Yoies à la loi de liberté. C'était un Juif selon le coeur de Dieu, acceptant avec bonheur la réaMsation de ses promesses et ménageait ainsi la ttaah lÉtion entm le judaïsme et le christianisme. Si nous présente, en elfeft, le type le plus pur du juste KraéUte; H

1 Sohwegler^ Nachapost. ZeitaH.^ly tS7. .

4S WKÊtUÊÊŒ, M L'

le progrès par h Ifterté de h loide h ktire, dégiSèéehpMllefûr

dus teihn—p,de mMiîrà apostolîfoe*. Bespeeté et aine d« peopfe, ^pul «Mi aandoilé dans le tefliple« il devait m\ phM grande astonié laoïale sur fS^se de dent il Mail TimiaeBt k leprésentaiil. Vif>iés (aérnsÉt d'Alexafidrie, Jaeqaesa été, dansFE^iaeda JdnBaicfli, •eaddahie à an dief de wjWÊgogae^ c'estrà-Ave k pnflûer entre ses égua; il est prabalde q«*il a aliieflB ee^lù coBsidératioa par le se«l aarendant de sa piété. Hégésippe déclare n^teraent qii*il a¥ait déjà partie^ an gonTenement de TEglise en mûne temps qne Pî^tie et Jean; son droit était égal an lenr, et pour ïeiert& il n'hait besmn ni de hiérarchie constituée ni de snccesfiîon apostolique.

L*Eglise de Jérusalem est encore, dans c^te période, un centre religieux pour tous les chrétiens. Cest d'eUe qne partent les premiers missimmaiies; elle enivie spontanteent des -délégués dans les contrées où TEipangik a réalisé quelques progprèSy coonie à Samarie et à Antîodie. Plus tafd c'est dans son sein qn^enrent fieu

* C'est la prétention de Tieneli, p. Si.

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