‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 16 sur 184 · RELIGION BABYLONIENNE · texte numérisé non relu

RELIGION BABYLONIENNE

Madianites et les Amalécites était le dieu du ciel des Arabes.

La religion babylonienne ressemble, à bien des égards, à celle des Arabes du désert ; mais elle a été modifiée par le caractère sensuel du peuple qui la professe. Les Chaldéens, descendus des montagnes dans la plaine, ont été les civilisateurs de la contrée et ils ont formé la caste sacerdotale. Vivant, comme les Arabes, en face des plus pures magnificences du ciel étoile, entretenant des relations continuelles avec ces nomades conquérants, ils étaient pénétrés de la pensée que les choses de la terre étaient réglées par les mouvements du ciel, et ils avaient été conduits ainsi à l'astrologie. Ils donnèrent le nom de Bel au dieu suprême, assimilé par eux soit au soleil soit à la planète Saturne; la déesse de la fécondité, représentée tantôt par la lune, tantôt par la planète Vénus, recevait le nom de Mélitta. Le côté bienfaisant et le côté malfaisant de la nature étaient confondus dans ces deux grandes divinités. Cependant la religion babylonienne attribuait à deux des sept planètes une influence funeste; deux autres, au contraire, étaient considérées comme des astres propices, tandis que trois d* entre elles exerçaient une influence mixte, tantôt bonne, tantôt mauvaise. La course du soleil était divisée en douze stations, dont chacune portait un nom d'animal qui servait à désigner Tun des mois de Tannée; les jours de la semaine portaient le nom des diverses planètes. Le culte se signalait par son caractère infâme. On sait quel rôle y jouait la pro-

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stitution. Chaque femme deyait, au moins une fois dans sa ™, se livrer à un étranger dans le temple de Mélitta*. Habitant un sol fertile, possesseur d'une civilisation brillante et même rafiSnée, enrichi par de vastes conquêtes, le peuple babylonien était entraîné à développer le côté sensuel des religions de la nature.

C'est en Phénicie et en Syrie que ce dualisme primitif a trouvé sa forme la plus achevée. Ces contrées sont les plus riches de TAsie occidentale. Kous n'avons plus la monotonie des plaines immenses de la Mésopotamie. Le pays est coupé de collines et de montagnes, bordé par la mer , et mis par là en communication avec le monde. La civilisation y prit un essor extraordinaire; on sait jusqu'où les Phéniciens, inventeurs de l'écriture, ont porté leur culture, grâce au développement prodigieux de Içur commerce. Ce n'était pas un peuple contemplatif comme les Babyloniens et les Arabes; ils ^ se sont pas tant préoccupés du ciel et des étoiles que delà terre et de ses contrastes. Ils se sont attachés à peindre la lutte entre les forces opposées de la nature ^ien plus qu'à lire le sort de l'homme dans les astres. I^es deux divinités fondamentales de toutes les religions asiatiques sont également à la base du culte phénicien. Le dieu du ciel, le principe mâle, actif, s'appelle chez eux Baal ou Dagon ; la déesse de la terre est adorée sous le nom de Baaltis. Mais l'élaboration mythologique est bien plus avancée. Les divers attributs de ces divi-

* Hérodote, I, IW.

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nités vagues et flottantes, qui se confondaient souvent ailleurs dans une sorte d'hermaphrodisme, sont personnifiés et hy postasiés avec un grand art. Baal apparaît sous deux aspects nettement déterminés, tantôt comme force productrice, et alors il est Adonis ; tantôt comme force destructrice, et alors il est Moloch. Quelquefois, par une distinction plus subtile, il apparaît sous le nom de Baal-CAon en tant que puissance conservatrice; mais cet aspect rentre dans le premier. On le voit, le dualisme phénicien est nettement tranché * . La divinité féminine subit les mêmes transformations ; eUe prend les noms d'Ashéra ou d'Astarté, selon qu'elle apparaît sous son aspect voluptueux ou sous son aspect redoutable. Baal, sous le nom d'Adonis, représente le rayon bienfaisant du soleil dans la période heureuse où il répand la fécondité; il figure le beau printemps; Baal-Moloch personnifie au contraire son feu dévastateur et desséchant pen* dant Tété. Le mythe de la mort d'Adonis déchiré parle sanglier symbolise le passage du printemps aux ardeurs brûlantes et stériles; le soleil d'été est précisément ce sanglier de Mars qui dévore le beau jeune homme, gracieuse image de la nature dans sa fleur. Les cérémonies funèbres qui duraient sept jours, et pendant lesquelles les femmes poussaient des lamentations en se coupant les cheveux , étaient destinées à représenter ce deuil de la nature, comme aussi de joyeuses orgies célébraient plus tard sa résurrection *. Moloch, le dieu terrible, récla-

• Movers, Die Phœnicer, l, 180,181.

» Voir Ezech. VIII, 14. Thammuz pleuré par les femmes n'est autre qu'Adonis.

CULTE DE MILKARTH A TYK 29

mait des -victimes humaines ; on faisait consumer, par la flamme de son autel, les petits enfants qu'on lui consacrait. Ainsi la -volupté et la mort s'unissaient dans ces cultes si souvent signalés par les prophètes * ,

A Tjr, les deux côtés de la nature personnifiés dans Baal et dans Moloch étaient réunis dans une seule divinité. L'Hercule tyrien ou Milkarth, est un Dieu à la fois créateur et destructeur ; il a les attributs de Baal et de Moloch. Il est terrible et voluptueux, et sous le nom d* Hercule Sandon, revêtu de vêtements de femme, il pousse à Torgie et y préside. S'il détruit, il tire la vie de la destruction même, comme le soleil. C'est un Dieu errant, fait à l'image de la nation voyageuse qui l'adore. La divinité féminine, sous son aspect cruel et sous son nom d'Astarté, préside aussi à la guerre et à la destruction ; elle demande le sacrifice de jeunes vierges et commande la chasteté à ses prêtres, qui doivent se mutiler à son honneur. Sous le nom de Didon, elle est l'épouse désirée du dieu Milkarth, qui la poursuit au loin. En Asie Mineure elle prend le nom de Ma; et les amazones, vierges guerrières, sont les prétresses aimées de cette divinité sauvage. Dépouillant en partie son aspect terrible, elle s'appelle Vénus à Cythère. C'est elle enfin qui fut plus tard la fameuse Diane d'Ephèse, la grande mère et la Cybèle phrygienne célébrée dans des fêtes où la mutilation se pratiquait dans l'orgie. Les fêtes d'Atys étaient en tout point semblables à cdles d'Adonis. La divinité féminine, concentrant sur elle toutes les

UéréinieVlI,31;XIX,6.

aO TEMPLE DE LÀ Dl^SSE SYRIENNE.

contradictions du dualisme, inspirant tour à tour la tolupté et les mutilations sanglantes, devint peu à peu le grand symbole de la nature ; aussi s'éleYa-t-elle au rang de divinité principale dans F Asie occidentale. Lucien, dans son curieux écrit sur la déesse syrienne, nous a représenté sous de vives couleurs ce culte infâme * . Les temples étaient bâtis sur des hauteurs et divisés en deux parties ; le sanctuaire, où Ton voyait la colonne figurative de Baal et le signe impur des religions de la nature, ne s'ouvrait qu'aux prêtres. Ceux-ci avaient un pontife à leur tête, et sous eux on comptait une multitude de serviteurs du temple, donnés par les villes voisines. Les uns vaquaient au service de T.autel, les autres se répandaient dans la contrée pour mendier en faveur du dieu ou de la déesse. C'étaient ces fameux Galli qne nous dépeint Apulée. Ils se livraient à des transports frénétiques^ et réunissaient en eux Tinfamie la plus repoussante et le plus sanglant ascétisme. Tandis qu'ils se mutilaient, les femmes vouées à la divinité se prostituaient; la mutilation et l'infamie étaient les conséquences naturelles de ce dualisme eflfréné. L'art ne parvient pas à donner une forme précise à des conceptions religieuses si incohérentes. Comment représenter avec quelque beauté une divinité confuse qui n'est que l'ensemble des forces de la nature? Des colonnes de bois ou d'airain, symboles du^dieu des hauteurs; des idoles bizarres, dans lesquelles se mêlent les figures d'animaux divers ; des édifices vastes et ornés de mé-

1 Lucien, De dea syria.

L'ART PHENiaEN ET BABYLONIEN. 3 1

taux précieux : telles sont les productions de Tart religieux; il ne saurait s'élever plus haut. Aussi, tandis qu'une civilisation brillante s'épanouit à Tyr, et que la demeure de Thomme s'embellit tous les jours, on ne voit dans les temples qu'un assemblage de formes hideuses. Rien ne démontre plus clairement que l'homme vaut encore mieux que les dieux qu'il s'est donnés *.

L'art semble avoir atteint un degré bien supérieur à Babylone et à Ninive. De récentes^écouvertes ont permis d'apprécier le degré de culture auquel étaient parvenus ces grands empires^. Les fouilles des Botta et des Layard ont démontré que cette culture avait été poussée très loin. On connaissait déjà les fameux jardins suspendus de Babjlone, ses murailles immenses avec leurs portes d'airain, les palais magnifiques de ses rois et le temple gigantesque élevé au dieu Bel, Nous savons maintenant que Ninive ne le cédait pas en splendeur à sa rivale. Les palais retrouvés sous le sol sont aussi spacieux, aussi ornés que ceux de Babylone. Ou voit, par les sculptures qui y étaient prodiguées, à quel point le roi était vénéré dans ces anciennes monarchies. Il est le vrai représentant de la divinité ; le glaive dans une main, le sceptre dans l'autre, assis sur son trône, il commande le respect à tous ses sujets. Les scènes de guerre et de chasse, vivement dépeintes sur les murailles des palais, révèlent une existence animée et brillante. Les figures symboliques des dieux sont empreintes d'une majesté imposante. Les artistes ont es-

» Otfried MuUer, Archœologie derKunst, p. 301.

* Botta et Flandin, Monuments de Ninive, — Ninive^ par Layard.

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