‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 17 sur 184 · RELIGION EGYPTIENNE · texte numérisé non relu

RELIGION EGYPTIENNE

sayé de reproduire le calme auguste de la nature, et ils ont réussi en partie. Ils ont aussi réussi à donner de la rie et du mouvement aux figures humaines . et aux scènes qu'ils représentent. L'art assyrien n'est pas un art sacerdotal; il a échappé à la roideur des formes consacrées ; il a de la liberté, de l'aisance : c'est qu'il est en définitive beaucoup plus national que religieux. Sa supériorité tient précisément à cet effacement de l'idée religieuse. On^ne peut donc en faire un mérite à ces religions de la nature, qui ont trouvé leur expression artistique bien plutôt en Phénicie qu'à Babylone et à Ninive.

Religion égyptienne.

Si d'Asie nous passons en Egypte, nous retrouvons le même fond de croyance, mais avec l'empreinte d'une nationalité entièrement différente qui confère au dualisme l'austérité qui le distingue. L'Egypte est le pays de la règle, de la vie invariable et monotone. La nature y porte ce caractère; elle n'y est pas soumise à de violentes alternatives ; le soleil et les pluies torrentielles ne s'y succèdent pas; jamais le ciel ne s'y obscurcit; la fertilité du sol est entretenue par les débordements du fleuve, qui sont déterminés avec autant de régularité que le cours des astres. Le travail agricole, dans un tel pays, n'a pas les émotions d'une lutte dont le résultat est indécis : on n'a qu'à laisser faire la nature. Seulement l'homme doit prendre ses précautions contre l'envahissement périodique des eaux, et s'en défendre par

RELIGION ÉdYPflCKML U

des constructions solides. Le peuple d'Egypte est fit

peuple essentiellement constructeur et eonsenrate^r. H

ne cbercbe pas tant à s*étendre qu'à durer; ikidpa

autant rimmobilité que d*autres le jÉowrement. La

mofiiie couchée pour des milliers d*annëes dans une at^-

tude solennelle est Tidéal égyptien. De là ce je ne sais

quoi de triste et de morne qui est le caractère indélébilp

de la nation. L'Egypte n'a d'amour que pour le passé ,

et son monument national eéi la pyramide, c'est-à-'dire

on tombeau gigantesque. Des générations entières s'é^

puisent à cette œuvre funèbre. On comprend Tiiifluènce

que les prêtres doivent exercer sur un tel peuple ; il est

fait pour eux ou plutôt il est fait par eux. L'Egypte est

le pays sacerdotal par excellence. Ausm est-elle appelée

UB pays sacré, et le roi n'est que le premier des prêtres;

il est constamment désigné sur les monuments comme

le fils dés dieux et leur représentant. Le régime des

ci»tes a été certainement inventé par ce peuple ^ bien

qa'fl n^y ait pas mis la rigtieur de l'Inde. Les fils font

exactemeirf ce qu'ont fait leurs pères; et rien n'est kîssé

à rimprévu , pas plus dans l'emploi d'une journée que

dans celui de la vie entière. L'existence de l'Egyptien

par excellence ou du roi qui est le type de la nation en-

tiève, était réglée avec une minutie puérile, dont l'an-

cieiiiie étiquette espagnole ne donne qu'une faible idée.

Le cidte consistait en un rituel détaillé à l'in&ki; nulle

dtÉlne n'est plus solide dans la main des prêtres pour

retenir un peuple dans ^esclavage ; des piffifications

ianombraUes, la circoncision, l'inteiéiction de frayer

avec l'étranger, telles étaient les prescriptions pmci- I 3

34 LES MEDX DE L*É6YPTB.

pales de ce ril»el. Quant au fond des (»t>7ances, Tade^ ratimi de la nature, eu Egypte comme en Asie, était TÉt^hée aux astres et surtout au soleil. On le considérait comme le symbole ou l-organe de sa puissance. A^aiit 1^ réunion de FEgypte sous un seul sceptre, chaque partie du pays ayait ses dieux ; on y reconnaît des di'vi^ nités identiques qui reçoiyent des noms différents. La haute Egypte, comme la basse Egypte, adorait un dieu dt la lumière dont les attributs se diversifient et se personnifient dans quelques divinités secondaires; puis à côté de lui était placée une divinité féminine, principe réceptif et passif de la nature. Dans la basse Egypte, le dieu du soleil s'appelle Ka ou Phra^; à Hemphis, on le nomme Ptah. Dans ta haute Egypte, il est nomméAnwim et il a à côté de lui Mentu et Atmu, qui figurent Tun le soleil levant, Tautre le soleil couchant. La divinité féminine s'appelle dans la basse Egypte Neith ou Pacht, et dans la haute Mut, ou grande mère. On adorait encore dans cette partie du pays le dieu iTné^pA et le dieu Chem^ symbolisant l'un et l'autre la force productive de la nature ; puis le dieu Chunsu, identique à la hme ; et le dieu Thot, ou le dieu écrivain, le scribe céleste. Il paraît probable qu'/sw, Osiris et Typhon ont été des divinités locales comme Ptah et Neith avant d'entrer dans le grand cycle de la mythologie nationale. On a même prétend», en s' appuyant sur d'anciennes inscriptions, que Typhcm avait été considéré comme une divinité bienfaisante jusqu'au jour où, adopté par les Hy^esos, il serait devenu un objet d'horreur et d'effiroi * . Les Egyptiens essayèrent

* Bunsen^ Mgypten, t. I, p. M8.

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d'eiqprimer les diYerses forces de la iiatiq:^ par cette àoÉoltiplicité de dieux , qu'il est facile de ramener à la dualité originelle du paganisme oriental. On eonsaondt à chaque divinité une espèce d'animaux particuliers; qui deyait être comme son symbole yi^aat. Les dieux étaient représentés sous la forme de ces animaux sacrés. Ainsi le scarabée représentait Ptah; on donnait à là déesse Pacht une tête de lion ou de chat, et une tête de bélier à Kneph ; le taureau appartenait à Ptah comme & Ba. On choisissait un taureau particulier reconnàissablè à certains signes et auquel on donnait le nom d'Apis ; S passait pour avoir été enfanté d'une vache et d'un rhjùû câeste ; nourri dans le temple , vénéré par-dessus touli les autres animaux, sa mort était l'objet d'un deuil unilverseL ^

Après que l'Egypte fut devenue une vaste monarchie', il y eut une fusion entre les mythologies locales , bien que la terminologie continuât à varier de Thèbes à Ifei»phis. n y eut d'abord sept grands dieux accompagnés de leurs déesses. Toutes ces divinités figurent, par leurs aspects variés, le principe mâle et le principe fémiùiiÉf de la nature : Ptah, Ammon, Ba, Ma, Osiris, représentent toujours le principe actif, fécondant; tandis que Tefaut^ Nuptve et Ists représentent le principe réceptif et passif ; Typhon symbolise le côté sombre et fatal. Au-dessous de ces grands dieux, les prêtres en comptaient douze autres petits , puis trente demi-dieux ou génies. U se peut que plus tard des idées philosophiques aient été rattachées aux noms des grands dieux** et qu'on ait cherché après coup à élaborer une théogo-

M MYTHE DOSAHk

nie métaphysiqne ; mais il est peu probable que la religion égyptienne, eomme on Ta prétenda, ait dd>até (Mff ces yues profondes\ Elle fat, eomme les religionB voisines, une religion de la nature, toute empreinte de dualisme. Déjà, dans Tancien culte de Mempki» il 7 a trace de la lutte entre le principe bon et le principe mauvais; le second était figuré sous la iorme d*UQ smrpent, symbole de la nuit qui veut éteindre le soleil*. Mais la lutte de la puissance bienfaisante et de la puissajace malfaisante de la nature a été représentée d*une manière très dramatique dans le mythe d'Isis et d'Osiris, qu'Hérodote et Plutarque nous ont fait eonnaMïe en détail'. Osiris, époux d'Isis et enfant comme elle des divinités du ciel, rencontre, dans un voyage w travers de TEgypte, le méchant Typhon qui, assisté de soixante-douze compagnons de crime , le met à mort et dépose son cadavre dans un coffre abandonné au eovm du Nil. Isis, en proie à une violente douleur, cherche en tous lieux le corps de son époux; elle le retrouve enfi.11 à Byblos. Osiris ressuscité va régner dansles^oor des morts, tandis qu'Horos, son fils, immole Typhon à sa juste vengeance. Ce mythe est Téquivalent des mythes d'Adonis et d'Athys. Isis est la terre ; Oski^ est le principe fécondant de TEgypte, c'est-à-dire le fleuve sacré et bienfaisant; Typhon qui le tue avec ses soixante-douze compagnons est l'image du soleil

^ Voir le chapitre si intéressant du livre de Bunsen sur la raliifioB és^tienne. JEgypten, t. I, p. 511.

* Dniiker^ 1. 1, p. 67.

» BéBodote^ U, 40.

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txrûlaitl qui, pendant soixant&^onze jours, cMÊmae et st^rifise le sol; an bout de ce temps ta fertilité reparaît^ et die a poor symbcde le jeone et briHant Horos, flls dlsiâ et yainqnenr de Typhon. Tons les ans, nne fête solennelle , célébrée à ByMos , rappelait les principaux traita de ce mythe, et les lamentations des femmes égyp> tieimes sur le meurtre d'Orâis étaient comme réohe des lamentations des femmes phéniciennes sor AdoniSi An retour de la yégétation , alors que le corps du dien était retrouYé, on faisait succéder la joie au deuil et des fêtes solenndles aux cérémonies lugubres. Toutefois le mythe d'Isis et d^Osiris nous parait bien supérieur aut mythes analogues déjà mentionnés. Ici il n*y a pas sim-* plement une succession d'événements opposés; il y a nne little. lais cherche le corps de son époux; Horos ccmbat eontre Typhon. Ce qui est surtout remarquable et entièrement nouveau, c'est l'échappée qui est ouverte sur le séjour des morts. Osiris , le dieu bien&iisant, y rèf^; la sombre route est éclairée par une espérance d'immortalité. On sait combien les Egyptiens se sont piéoe^ipés de la vie future; on leur a prêté à tort des idées de métempsycose, qui ne furent qu'une importa* tion tardive de cultes étrangers; mais il est certain que, d'après eux, Osiris jugeait les morts; il pesait leur cœnr aux balances de la justice. Il envoyait les méchants au séjour des ténèbres ; ceux qui étaient trouvés justes recevaient l'eau de la vie étemelle, qui décou-* lait comme une rosée des branches de l'arbre de vie; Us étaient transportés près du dieu de la lumière. • Ceux-ci, lisons-nous dans une inscription , ont trouvé

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