DISCOURS DE PAUL
Paul et Barnabas prennent la parole aussitôt après Pierre. Ils racontent les beaux résultats de leur mission en Asie Mineure. Us peignent, sans doute avec feu, Tempreasement des païens à écouter TËvangile; ils mettent en regard T endurcissement des Juifs. Ils montrent Serge Paul convertie Paphos; ils retracent le zèle et la charité des Eglises qu'ils ont laissées comme de brillantes lu* mières au milieu des ténèbres et de la corruption du paganisme asiatique ^ L'assemblée est émue et réjouie. Mais aucun 4es chrétiens connus par leur attachement particulier au judaïsme n'avait ei^core émis son opinion. C'est eux pourtant qu'il importait le plus d'enteadre, car ils formaient la majorité. Jacques, le frère du Sçir * gneur, était le réprésentant de ces hommes sincères qui ne se sentaient pas libres d'abandonner pour eux* mêmes les cérémcmies de la loi. Il remplit dans cette circonstance la mission qui lui avait été spécialement dévolue; il servit à ménager la transition entre l'ancienne loi et la loi nouvelle, entre la servitude légale et la liberté évangélique. Qn sent, en l'entendant, qu'il n'est pas encore arrivé au point de vue de Pierre et de Paul. Les oracles des prophètes ont plus de poids à ses jeux, pour établir la vocation des païens, que les grands principes de la nouvelle alliance^. La conclusion naturelle des discours de Pierre et de Paul aurait été l'abrogation complète de toute prescription légale pour les païens convertis. Jacques ne va pas si loin. Il veut d'abord que les chrétiens issus du judaïsme continuent à
1 Actes XV, 12. — « Actes XV, 15-18.
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en observer toutes les ordonnances. Us n*Gntpas besoin de directions, puisqn^ils ont la loi de Moïse, qui est lue en tout lieu, chaque sabbat^ dans les synagogues \ Quant aux chrétiens sortis du paganisme, Jacques propose un moyen terme. Il ne demande pas qu*on les contraigne d^étre circoncis et qu*on les soumette à toutes les cérémonies légales. Il veut uniquement qn*on les astreigne aux conditions qui étaient imposées aux prosélytes de la porte, et qui témoignaient de leur renonciation aux coutumes païennes^. « Il faut leur mander, dit Jacques, de s^abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, de rimpureté, des choses étouffées et du sang. » La première interdiction est expliquée par F horreur des Juifs pour ridolÂtrie et tout ce qui s'y rapporte. La seconde avait sa raison d'être dans la corruption épouvantable du paganisme. Le relâchement des mœurs avait amené nne tolérance excessive pour la débauche, et la conscience païenne était surtout faussée à cet endroit. On n'a qu'à parcourir les épîtres de Paul pour se convaincre qu'une pareille recommandation était très opportune'. La troisième interdiction , celle dés choses étouffées et du sang, se rapporte au commandement donné par Dieu à Noé aussitôt après le déluge*. On distinguait en effet entre les ordonnances révélées à Moïse et les ordonnances révélées à Noé; ces dernières constituaient le
« Actes XV, 21.
« Thiersch, p. 127.
3 On a cherché à tort un sens profond dans cette seconde interdiction, comme si elle portait sur les secondes noces ou sur les mariages aux degrés prohibés par le Lévitique (Lév. XVIIl) .
* Genèse IX, 4, 5.