LE BOUDDHISME ASPIRE A L'ANEANTISSEMENT
affranchir. 4® On ne le peut que par la science ^ Or la science nous apprend que la douleur vient de la sensation, et que la sensation n'est qu'une illusion de Tindividu. L'individu lui-même n'a aucune existence réelle, et toutes ses idées comme tous ses sentiments doivent s'abîmer dans le vide. De tout ceci résulte l'anéantissement du monde, qui n'est qu'une grande masse de douleurs ^. Quand on est parvenu à ce vide absolu, à ce que le bouddhisme appelle la Pîirvana, k ce quiétisme qui consiste à rejeter toute sensation, toute pensée, toute conscience de soi-même, on peut dire: « La nuit terrible de l'erreur est dissipée pour mon âme ; le soleil de la science a disparu ; les portes de la souffrance sont fermées. J'ai atteint l'autre rive,, la rive céleste de la Pîirvana. Dans cette voie l'océan de pleurs et de sang est mis à sec, et l'armée de la mort est anéantie. Celui qui ne s'est pas laissé détourner de ce chemin échappe au tourbillon de la nouvelle naissance et aux changements du monde» 0 peut se vanter d'avoir anéanti pour lui l'existence, d'avoir atteint la liberté et de n'avoir plus à craindre une nouvelle vie '. »
Cette aspiration au vide et au néant, bien qu'exprimée avec une étrange ardeur dans le bouddhisme, était au fond du brahmanisme, qui le premier avait prononcé une sentence de réprobation sur le monde et sur l'existence limitée de l'être fini. A ce point d^e vue, la ré-
1 Burnouf, Introduction à V Histoire du bouddhisme , p. 186. « Burnouf, 488. — » Burnouf, p. 369, 265, 271, 2Û5, 471.
POPULARITÉ DU BOUDDHISME. Ôî
demption pour la créature se confond avec la mort« puisque le mal est dans la naissance elle-même. Be^ naître, quel que soit le degré supérieur de Tétre auquel on soit placé, c*est retomber sous Fempire du mal, car c*est rentrer dans le monde du changement. Promettre rimmortalité au sectateur du panthéisme indien, c*est lui promettre Téternité des peines; car il n'y a pas pour lui d^autres peines, d'autre malheur, d'autre péché que de Yiirre. Ainsi s'allume cette passion de la mort, si énergiquement dépeinte dans les libres sacrés des bouddhistes. « C'est pour cette fin que les oiseaux traversent les airs, que les animaux sauvages tombent dans les pièges; c'est pour elle que les hommes périssent incessamment dans les combats, frappés par la flèche ou par la lance ; c*est pour cette fin qu'au milieu d'une multitude de péchés je suis venu de bien loin ^ » On peut
attribuer en «grande partie le succès du bouddhisme à cette satisfaction donnée par lui à ce besoin de la mort et de l'anéantissement déjà développé par la religion de Brahma.
Du reste, il sut avec habileté faire deux parts dans sa doctrine; il réservait ce qu'elle avait de plus ardu et de plus outré pour les initiés, tandis que pour l'accommoder à la masse des adhérents il lui faisait subir d'importantes modifications. Le bouddhisme se contentait de prêcher au peuple l'absence de passions violentes, la charité et l'humilité. Il se mettait ainsi, en quelque sorte, au rabais pour conquérir la faveur
1 Bumouf^ p. 254.