‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 29 sur 184 · LA TRIMURTI · texte numérisé non relu

LA TRIMURTI

généralement ; chacune des trois grandes divinités fut Tobjet d'un culte spécial, et ainsi se formèrent trois sectes rivales. Le sivaïsme rappelle Tancienne religion de la nature et le dualisme grossier de la Phénicie ; les sectateurs exclusifs de Brahma prétendaient que leur dieu, en tant que dieu créateur, est nn dieu déchu qui a besoin d'expier sa diffusion dans la matière par des incarnations successives. Mais la plus importante de ces sectes est celle qui se rattache à Vischnou. Considéré comme dieu conservateur et bienfaiteur, il fut opposé à Bouddha. Les grands poëmes héroïques deTInde, le Mahabarata et le Eamayana, furent remaniés à son honneur; on le montra s'incarnant pour secourir l'humanité et faisant briller à ses yeux, tout aussi bien que Bouddha, la personnification du bien ^

La lecture du Ramayana est d'un haut intérêt. On est transporté soudain par cette poésie riche et éblouis-^ gante au sein du monde brahmanique, dans ces déserts où l'anachorète règne par l'ascétisme sur les dieux euxmêmes et où il se transfigure par ses macérations jusqu'à ce que son visage rayonne comme le soleil. Le premier but des incarnations de Yischnou est indiqué arvec clarté dans le passage suivant :

« Meurtrier de Madhou ^, comme tu aimes à tirer de Taffliction les êtres malheureux, nous te supplibns, nous qui sommes plongés dans la tristesse. Divinité auguste, sois notre asile! »

* Voir Mahabarata^ fragments, par Théod. Pavie. — Ramayana, poôme sanscrit deValmiki, traduit par Hippolyte Fauche (premiers tomes). « Nom d*un mauvais génie.

If INCARNATIONS DE VISCHNOU.

« Dites I reprit Yischnou; que doi$-je foire? » Aywt ouï les paroles de T ineffable, tous les dieux répan-» dirent :

« Il est un roi nommé Daçaratha ; il a embrassé mne très dure pénitence ; il a célébré même le sacrifice d'un açwa-médha S parce qu'il n'a point de jGils et qu'il ireiit en obtenir du ciel.

« Il est inébranlable dans sa piété, il est vanté popr ses vertus; la justice est son caractère, la vérité est sa parole. Acquiesce donc à notre demande, ô toi, Viscb^ nou, et consens à naître comme son fils.

« Divisé en quatre parties de toi-même, daigiie, ôtoi^ qui foules aux pieds tes ennemis, daigne t' incarner dans le sein de ses trois épouses, belles comm^ la déesse de la beauté. »

Nftrâyana, le maître, non perceptible aux sens^ mais qui adors s'était rendu visible, Nâràyana * répondit cette parole salutaire aux dieux, qui l'invitaient k cet héro^me avatar a :

« Quelle chose, une fois revêtu de cette incarnation^ faudra-t-îl encore que je fasse pour vous, et de quelle part vient la terreur qui vous double ainsi? »

 ces mots du grand Yischnou : « C'est le démoQ Bévami, reprirent les dieux; c'est lui, Yischnou^ cette désolation des mondes, qui nous inspire uu tel effrois

» L'açwa-médha est le fameux sacrifice du cheval.

* Nâràyana, un des noms de Vischnou, l'âme universelle^ veut dire l'esprit qui marche sur les eaux primitives; ce mot composé du sanscrit nous rappelle tout naturellement cette idée et cette expression de la Bijble ; « Et sptrîtus Dei ferebatur super aquas. »

QiGARNATI WS DE VISGBMOV. 73

<« Enveloppe-toi 4'oii corps komam^ et qu'il te phMe irracher dttiBoiide cette blessante épine; car nul autre {ue toi parmi les habitants du ciel n*est capable d'un* iM)ler <îe pécheur.

# Sache que longtemps il s'est imposé la plus austère )énitence, et que par elle il s'est rendu agréable au suprême aïeul de toutes les créatures. Aussi le dis* ributew ineffable des grâces lui a-t-il accordé ce don nsîgne d'être invulnérable à tous les. êtres, l'homme ;eul excepté. Puisque, doué ainsi de cette faveur, a mort terrible et sûre ne peut venir à lui de nulle wtre part que de l'homme^ va, dompteur puissant le tes ennemis, va dans la condition humaine, et oe-le.

o Car ce don, auquel on ne peut résister, élevant au >hk% baut point Tivresse de sa force, cet être vil touro^ate les dieux et les hommes sanctifiés par la péni* eoce ; et quoique destracteur des sacrifices, lacérateur les saintes Ëciitures, ennemi des brahmanes, dévora* eur des honunes, cette faveur incomparable sauve de a mort E&vana, le triste fléau des mondes.

« U ose attaquer les rois, que défendent les dmrs ]e la guerre, que remparent les éléphants : d'autres, )leBség et mis en fuite, sont dissq[>és çà et là derant lui.

« n a dévoré des saints. Sans cesse, dans son délôe, l s'amuse à tourmenter les sept mondes.

« Gomme on vient de nous apprendre qu'il est mortel mx coups des hommes, car il n'a point daigné parler Teux, ce jour que lui fut donnée cette faveur dont il

74 INCARNATIONS DE VISGHNOU.

abuse^ entre dans un «wps humain, ô toi, qui peux briser tes ennemis, et jette sans yie à tes pieds, roi puissant des treize dieux, ce Bàvana superbe, d'une force épouyantable, d'un orgueil immense, rennemi de tous les ascètes, ce ver qui les rônge^ cette cause de leurs gémissements \ »

n est curieux de Toir le Ramayana opposer Fascétisime à Tascétisme. La lutte, en effet, entre le bouddhisme et le brahmanisme se réduisait à une émulation d'anéan* tissement.

Le culte de Yischnou ou de Grishna deyint peu à peu le culte te plus populaire. Yischnou était la éiyinité protectrice qui s'abaisse jusqu'à l'homme pour le secourir; un dieu de près, et non plus un dieu de loin» Bien n'est plus absurde que de comparer ses incarnations à celle du Christ; elles sont, par leur multiplicité même, entachées de l'idée panthéiste; la personnalité humaine n'a aucune réalité, puisqu'elle est prise et laissée ainsi qu'un Toile ou un masque dont la dirinité se reyèt un moment. D'ailleurs l'abaissement du dieu va trop loin; il s* abaisse jusqu'au malr; il par^ ticipe à la corruption humaine. Aussi son culte est-il accompagné, dans le peuple, de rites grossiers et impurs; il n'a rien de moralisant» C'est en définitive, sous sa forme populaire, un retour aux divinités de la nature ^.

Le système de Joga, introduit dan& le J!f a^atoraf a, fdt

1 Ramayana, trad. par Hipp. Fauche^ 1. 1, p. 11^-121. • Voir un article très intéressant sur ce siget de M. Théod. Pavie,dao8 le numéro de janvier 1^858 de la Revue des Déux-Mondes.

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